Éditorial : Avril 2009 - février 2012. Il y a presque trois ans que j'ai décidé de créer ce blog et de l'animer avec des articles que j'écris au quotidien pour divers médias camerounais et étrangers. Trois ans après, il me semble nécessaire de lui donner un nouveau souffle, un nouvel élan.

Le design a été amélioré, le traitement de l'information aussi. Entre-temps, le blog s'est concentré sur les arts et la culture du Cameroun, avec une ouverture sur les médias et la communication et une fenêtre sur le monde. Merci à vous tous qui visitez ce blog au quotidien. Puisse-t-il grandir grâce à toutes vos contributions ! stephiedjuka@yahoo.fr

jeudi 1 mars 2012

C2D culture : Une commission pour évaluer les projets


Mise sur pied par une association de cinéastes, elle reçoit des dossiers qui postulent au financement des 524 millions FCfa bloqués à la Béac jusqu’au 15 avril 2012.

Des membres de l'Ocapac. De g à d. J-P Bekolo, F. Noukiatchom et Dikonghué Pipa

L’Organisation camerounaise des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel (Ocapac) a donné une conférence de presse mardi au siège de la Société civile des arts audiovisuels et photographiques (Scaap) à Yaoundé. Il était question de faire le compte rendu d’une réunion tenue plus tôt dans la journée entre des cinéastes et le secrétaire général du ministère des Arts et de la Culture (Minac), Manaouda Malachie. Il était aussi question de présenter la commission mise sur pied à l’issue de cette réunion.

Il ressort de cette conférence que le Minac a proposé à ce financement C2D l’achat du matériel cinématographique et le soutien du projet « Shoot your films in Cameroon ». Lancé l’année dernière au festival de Cannes, ce projet vante nos sites touristiques pour inciter les producteurs à venir tourner leurs films au Cameroun. Des propositions balayées d’un revers de la main par l’Ocapac. « Ces projets ne peuvent en rien relancer le cinéma camerounais », souligne Jean-Pierre Bekolo. 

Aussi, l’Ocapac a-t-elle décidé de mettre sur pied une commission cinéma placée sous sa responsabilité. Cette commission, en cours de composition, sera constituée de 9 professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, d’un représentant du Minac et d’un représentant de la France. La commission, d’après ses fondateurs, est chargée de l’étude des projets à financer, dans le but de « relancer de manière permanente le création cinématographique au Cameroun ». Le projet doit être un film camerounais qui présente une faisabilité financière rentable et comporte un nombre majoritaire d’éléments de la culture camerounaise. Les dossiers sont à déposer jusqu’au 15 avril 2012 au siège de la Scaap. 

Crédits remboursables
Pour cette année, le budget de cette commission est fixé à 800 000 euros (environ 524 millions FCfa), représentant la totalité du financement du C2D culture bloqué à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Béac) depuis plus d’un an. Jean-Pierre Bekolo explique que le cinéma doit être prioritaire, car il est fédérateur de tous les arts. Les financements octroyés dans le cadre de ce programme seront des crédits remboursables. La commission a écarté les festivals et les écoles de cinéma, bref, les projets qui ne rentrent pas dans la production des films. Les projets sélectionnés selon des critères définis seront soumis au ministère des Arts et la Culture, avec ampliation à l’ambassade de France au Cameroun. Cependant, cette commission, qui ne rassemble pas tous les professionnels du secteur, n’est pas la voie exclusive de soumission des projets au financement du C2D culture. 

Jean-Pierre Dikongué Pipa, le président général de l’Ocapac, prévient : « nous voulons sauvegarder le cinéma et l’audiovisuel. Nous irons jusqu’au bout, et au besoin, nous savons manifester ». Jean-Pierre Bekolo ajoute : « il y a un risque que notre projet soit rejeté mais nous entrons dans la danse. Pour une fois, on a un allié et un allié de taille. Si on a la France, Paul Biya va agir ».
Stéphanie Dongmo


Présentation de la Commission cinéma par l’Ocapac

1. Qu’est-ce que la commission cinéma?   
La commission cinéma est un groupe composé de professionnels camerounais du cinéma et de l’audiovisuel et placé sous la responsabilité de l’OCAPAC.
La dotation du Fonds est de 800 000 euros pour l’année 2012.
Le fonds est géré par le SCAC (Ambassade de France).

2. Objectifs
La Commission Cinéma est chargée de l’étude des projets en vue de la dotation d’un financement pour la production cinématographique et audiovisuelle. Les fonds proviennent du financement octroyé par la France au Gouvernement Camerounais pour le développement de la culture, dans le cadre du programme C2D Culture, dans le but de :
• Relancer de manière permanente la création cinématographique au Cameroun ;
• Financer et mettre sur le marché international et national des productions camerounaises capables de générer d’importants revenus pour l’industrie cinématographique.

3. Cadre d’intervention
Toute production cinématographique (fiction ou documentaire) et télévisuelle.
Le projet doit être :
• un film camerounais produit par une société de production de droit camerounais ;
• un film camerounais coproduit par une société de production étrangère ;
NB : le film doit être réalisé par un camerounais.
Le projet doit remplir les critères suivants :
• Comporter un nombre majoritaire significatif d’éléments de la culture camerounaise (contenus, thèmes, scénario, comédiens) ;
• Être composé d’une équipe technique de professionnels camerounais majoritairement du Cameroun dans les fonctions principales utilisant des moyens techniques (tournage, montage et éventuellement finition) ;
• Présenter une faisabilité financière réaliste, matérialisée par un plan de financement non contestable.
• Présenter un plan marketing avec des projections de rentabilité sur la vente du film.
Les dossiers doivent être présentés par :
Une société de production juridiquement constituée en partenariat avec une société de distribution, de vente ou un diffuseur. Le producteur doit agir comme producteur délégué, garant de la bonne fin.
Les formulaires sont conjointement signés par le Producteur et le Réalisateur.
• Un même Réalisateur ne peut présenter qu’un seul projet par session.
• Une même société de production ne peut soumettre qu’un maximum de trois (3) projets à la Commission Cinéma.

4. Les interventions du fonds?
Les fonds prévus pour le financement seront prioritairement affecté à l’aide à la production.
Les barèmes maximum applicables aux produits cinématographiques sont les suivants :

Subventions (en euros)
Longs métrages Cinéma
Longs métrages
Fiction TV

Série TV
Aide à la production
75 000 €
35 000 €
30 000 €










Aucune production, en cas de plusieurs interventions complémentaires du Fonds, ne peut dépasser le montant maximal autorisé au titre de l’aide à la production.

5. Les contreparties exigées 
• Mention du soutien du Ministère de la Culture/Financement C2D au générique de début et de fin et sur tout document promotionnel selon la formulation précisée dans la convention de financement;
• Remise du produit fini selon les spécifications suivantes :
-deux (2) copies sur support DVCAM, de qualité PAD
-quatre (4) DVD        

6. Examens demandés
Les dossiers reçus font l’objet d’une instruction technique effectuée par le Secrétariat de la Commission Cinéma.
Cette instruction porte exclusivement sur la vérification de la conformité et du caractère complet des dossiers.            
Les dossiers non conformes ou incomplets sont déclarés irrecevables.
Les dossiers sont examinés par la Commission Cinéma composée de (à déterminer) professionnels représentatifs du milieu cinématographique et audiovisuel camerounais.
Elle comprend :
• Trois réalisateurs ; • Un artiste-interprète ; • Un diffuseur ; • Deux producteurs ;• Un scénariste ;• Un technicien ;• Un représentant de la du SCAC ;• Un représentant du Ministère de la Culture.
La Commission statue de façon indépendante et en dernier recours et remet des avis motivés à l’OCAPAC en se fondant sur les critères suivants :
• L’originalité du sujet ; • La qualité du scénario ;
• La mise en valeur du patrimoine culturel camerounais ;
• L’implication effective de personnels qualifiés camerounais (artistiques et technico-artistiques) et l’utilisation de moyens techniques disponibles au Cameroun ;      
• La cohérence et le réalisme du budget en fonction du genre de produit, de la durée et du support de tournage ;
• Le réalisme et la fiabilité du plan de financement ; • La réalité des accords de coproduction ;
• Le calendrier de production.

Comment soumettre les projets ?
Les dossiers sont à présenter sur un formulaire disponible auprès du Secrétariat de la Commission Cinéma ou sur son site.    
Le formulaire doit être conjointement signé par le responsable de la raison sociale appelée à agir comme producteur délégué qui s’engage sur l’exactitude des informations communiquées et, le réalisateur.
Tout formulaire incomplet entraînera le rejet du dossier.
Le formulaire doit être accompagné d’un dossier justificatif en neuf (10) exemplaires.

Liste des pièces obligatoires composant le dossier administratif et financier
Aide à la production
• Le formulaire de présentation de projet ; • Une note de synthèse du producteur (objectifs, description sommaire, public visé) ; • Le synopsis ; • Le scénario ; La note d’intention du réalisateur/auteur• Le curriculum vitae du réalisateur ; • Le curriculum vitae du producteur ;
• Le budget de production détaillé ; • Le plan de financement ; Le plan marketing du projet
• Les copies des accords de coproduction (en cas de coproduction) ; • Le calendrier d’exécution détaillé mentionnant la date du début du tournage, la durée du tournage, la date du début de la postproduction, la durée de la postproduction et la date prévisionnelle de livraison du produit fini ; • Les statuts de la société ou les documents légaux ;
• Les copies des contrats de cession de droits avec l’(les) auteur(s) du scénario et le(s) réalisateur(s) indiquant expressément le montant et le mode de rémunération ;
• La liste des techniciens avec leur fonction ;

Date de soumission des projets
La Commission se réunit une fois :
Tenue de la session : Mai 2012
Date limite d’acceptation des dossiers : 15 Avril 2012

7. Décisions de subvention
Toutes les décisions positives ou négatives sont notifiées, exclusivement par écrit ;
Les décisions positives mentionnent le montant de l’aide accordée par La Commission Cinéma. Un contrat sera proposé pour tout projet ayant reçu avis favorable.
Les décisions négatives indiquent l’avis motivé de la Commission.

8. Dépôt de dossiers  
Les dossiers doivent être déposés au siège de la SCAAP, sis à Bastos - Yaoundé
Les formulaires sont disponibles sur le site Internet de l’OCAPAC.
Les résultats des travaux de la Commission sont communiqués uniquement par écrit. Aucune contestation sur les décisions ne pourra être prise en compte.
L’Ocapac

lundi 27 février 2012

The Artist ou le triomphe du cinéma muet


De g à d. Hazanavicius, Béjo et Dujardin.
« The Artist » est entré dans l’histoire en remportant cinq statuettes dimanche soir à la cérémonie des Oscars à Hollywood : Meilleur film, Meilleur acteur (Jean Dujardin), Meilleur réalisateur (Michel Hazanavicius), Meilleure musique (Ludovic Bource) et Meilleur costume (Mark Bridges). Jamais un film français n’avait récolté autant de prix aux Oscars et jamais un acteur français n’y avait été récompensé. Déjà à sa sortie, le film a rencontré l’acclamation du public et de la critique qui lui prédisait alors un avenir aux Oscars. C’est fait ! A ce jour, « The Artist » a reçu plus de 50 distinctions dans le monde. Il a raflé à lui seul six prix aux Césars du cinéma français. Occasion pour moi de republier cette critique faite en octobre 2011, à la sortie du film en France. 


 
Cinéma : Un silence qui vaut de l’or
The Artist, le film du Français Michel Hazanavicius, est sorti en France le 12 octobre 2011. Un clin d’œil de talent au cinéma muet des années 1920.

Une scène du film
Michel Hazanavicius n’avait pas de mots assez forts pour raconter ses fantasmes de réalisateur. Alors, il a gardé le silence. « The Artist » (octobre 2011, 100 min), son dixième film, est en noir et blanc. Mieux, il est muet. Le film a du caractère. Il raconte les destins croisés de deux acteurs à Hollywood en 1927. George Valentin (Jean Dujardin) est un acteur muet à qui tout sourit. Peppy Miller (Bérénice Béjo) est une figurante qui le regarde avec des yeux d’amour. Leur relation va changer le jour où le cinéma parlant va entrer à Hollywood par la grande porte. George est mis au placard, tandis que Peppy monte, jusqu’à devenir la nouvelle coqueluche de Hollywood. 

Le fossé qui se creuse de plus en plus entre George et Peppy est magnifiquement mis en scène par Michel Hazanavicius. Sur un plan d’une grande esthétique, ils se croisent dans un escalier. George, habillé d’un costume sombre, a le regard vague et le sourire crispé. Peppy, habillée de blanc, est placée en haut de l’escalier et le domine d’une tête. Eblouissante de beauté, elle est souriante et enthousiaste. Croquis du cinéma muet sur le déclin, qui emporte avec lui ses rêves et ses stars, tandis que le cinéma parlant, tout nouveau et donc tout beau, a son avenir devant lui. George va passer par trois étapes : la gloire, la chute et la rédemption, car il sera sauvé par l’amour. 

Ambitieux
Ces étapes sont aussi celles du cinéma muet, à qui le réalisateur et scénariste donne aujourd’hui une certaine renaissance. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, le long métrage dépasse l’âge d’or du cinéma muet pour se tourner vers la réinvention du 7e art. Parce que « The Artist » est un drame mais aussi une romance, le réalisateur lui a donné une belle fin. La parole est retrouvée pour exprimer l’amour qui s’épanouit. Michel Hazanavicius a écrit son film pour Jean Dujardin, avec qui il avait déjà travaillé dans la série des films d’espionnage « OSS 117 » (où il pastichait James Bond), et Bérénice Béjo, sa compagne. Les deux acteurs n’ont plus eu qu’à enfiler leurs rôles, qui leur vont au demeurant comme un gant.

Tourné à Hollywood dans les studios de la Warner, « The Artist » allie la vivacité américaine à l’élégance française. Le tout, savamment accompagné par la musique pré enregistrée de Ludovic Bource. L’ambiance, qui baigne dans le whisky et le cigare, donne à ce long métrage des airs de la série américaine « Mad Men ». Les expressions comiques de Jean Dujardin rappellent celles de Charlie Chaplin, le héros du cinéma muet. « The Artist » est un patchwork de quelques classiques hollywoodiens (« Chansons sous la pluie » de Stanley Donen, « L’heure suprême » de Franck Borzage). En 2011, Michel Hazanavicius a réussi le pari de rendre l’atmosphère des films muets, avec le rythme et la musique. Ambitieux, talentueux. En dépit de tout ce qui fait qu’un film est apprécié ou non, « The Artist » mérite d’être salué pour le culot du projet.
Stéphanie Dongmo, à Paris