vendredi 18 août 2017

Fespaco 2017 : Le cinéma noir brésilien s’affirme

Le Forum Itinérant du Cinéma Noir (FICINE) et le Cinéma Numérique Ambulant (CNA) ont organisé, le 3 mars dernier à Ouagadougou, une soirée dédiée au cinéma afro-brésilien. Au programme, la projection de quatre courts-métrages de réalisateurs noirs brésiliens dont le précurseur, Zózimo Bulbul, et un débat sur les relations entre les cinémas d’Afrique et ceux de sa diaspora. Occasion de parler du racisme structurel dont sont victimes les cinéastes noirs dans ce grand pays d’Amérique du sud, et de la résistance qu’ils opposent.


« L’Afrique ne se résume pas à ses habitants du continent », a déclaré Clément Tapsoba, directeur de la communication de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI), citant  ainsi Thomas Sankara, président du Burkina Faso au cours d’une visite à Harlem (quartier de New York aux Etats-Unis), dans sa main tendue aux noirs d’Amérique et des Caraïbes en 1984. C’était au cours d’un débat sur les rapports entre les cinémas afro-diasporiques et les cinémas d’Afrique, organisé le 3 mars à Ouagadougou, à l’occasion de la 25ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision (FESPACO) par le Cinéma Numérique Ambulant (CNA) et le Forum itinérant du cinéma noir (FICINE).

La soirée consacrée au cinéma noir brésilien s’est achevée par la projection de quatre courts-métrages. Notamment L’âme dans l’œil (11’, 1973) de Zózimo Bulbul, œuvre inaugurale du cinéma afro-brésilien qui utilise le corps comme un lieu de mémoire pour raconter la traite et de l’esclavage des Noirs jusqu’à leur libération. Mais aussi des films de jeunes réalisateurs : Le temps des Orixás d’Eliciana Nascimento (20’, 2014) qui s’intéresse aux Orishas, divinités issues de la culture africaine avec l’eau comme symbole de la douloureuse séparation entre l’Afrique et une partie de ses enfants. Sur un ton plus léger, Le jour de Jerusa de Viviane Ferreira (15’, 2014), aborde la question de la solitude de vieilles femmes noires en ville. Backyard d’André Novais (20’, 2015) est un film fantastique qui nous mène sur les chemins de l’amour marital et des ambitions, même dans la vieillesse. Kbela de Yasmin Thayná (23’, 2015) aborde la question de l’identité noire à travers le cheveu. Une sorte de résistance pour avoir droit à une beauté naturelle, loin de l’opinion dominante qui veut que le cheveu beau soit bien lisse et non crépu.

Quatre films engagés qui présentent, de façon assez représentative, la production artistique noire au Brésil et qui soulèvent des thématiques différentes : l’esclavage, la mémoire, le passé, la question de l’identité raciale, les croyances, la solitude, l’amour, le quotidien… Mais qui permettent aussi de garder vivante la mémoire et les traditions d'origine africaines dans la culture brésilienne d’aujourd’hui.  Fait notable, les personnages de ces films sont presque tous Noirs. Et les films respectent bien le manifeste du cinéma noir brésilien intitulé « Dogme Feijoada », inspiré par le réalisateur Jeferson De en 2000, qui veut que les films soient dirigés par des Noirs, avec des protagonistes noirs, sur des thèmes liées à la culture noire brésilienne, en évitant des personnages stéréotypés ainsi que les super-héros et super-vilains et en favorisant le noir commun.

Des rôles stéréotypés pour les Noirs
Janaina Oliveira
Coordonnatrice du FICINE dont le but est de construire un réseau d’échanges et de projets qui posent la réflexion sur les cinémas noirs de la diaspora et du continent africain, Janaína Oliveira explique : « Les noirs brésiliens sont absents des écrans et des salles de cinémas. Quand ils apparaissent dans les telenovelas, c’est eux qui servent le café, qui volent, qui se prostituent, ils sont toujours montrés dans des rôles négatifs. La proposition qui est faite dans ces courts-métrages c’est de montrer enfin des personnages noirs brésiliens avec des rôles positifs, pour changer cette image fausse qu’il y a de la population brésilienne ». 
La chercheuse Maíra Zenun, qui nourrit le projet de création d’un festival de cinéma dédié à Lisbonne au Portugal, renchérit dans le même sens : « près de 60% de la population brésilienne est noire mais elle est présentée dans le cinéma de façon très irrespectueuse. Ce qui fait que les réalisateurs noirs font aujourd’hui un cinéma de guérilla ». Pour Viviane Ferreira, présidente de l’Association des professionnels de l’audiovisuel noir (APAN), « l’audiovisuel brésilien a produit des films blancs, rendant invisibles les Noirs qui sont pourtant majoritaires au Brésil. Que le cinéma noir montre des personnages noirs, c’est mettre ça en valeur».

Une scène d'un film brésilien
Dans un contexte d’embellie du cinéma brésilien (143 longs-métrages brésiliens distribués, plus de 184 millions d’entrées, 3 168 d’écrans en 2016 d’après le monde.fr), les œuvres des Noirs restent en marge. Dans son article intitulé « L'émergence d'un (nouveau) cinéma noir au Brésil: Représentation, Identités et Négritudes » publié en 2016, Adriano Domingos Monteiro, cite, pour confirmer cette marginalité, une enquête publiée en juillet 2014 et réalisée par le Groupe d'étude pluridisciplinaire Affirmative Action (GEMAA) de l’Institut des études sociales et politiques de Rio de Janeiro. Cette enquête baptisée «Le visage du cinéma national : profil, sexe et couleur des acteurs, réalisateurs et auteurs de films brésiliens» a analysé les plus gros succès du cinéma brésilien entre 2002 et 2012, pour un total de 218 productions. L'enquête montre que sur les films analysés, 84% des réalisateurs sont des hommes blancs, 13% des femmes blanches et seulement 2% des femmes et des hommes noirs. L'inégalité est maintenue lorsque les données se réfèrent à la présence d'acteurs dans les productions cinématographiques. L'enquête révèle que 80% de la distribution est blanche. Des Noirs apparaissent dans seulement 31% des films, très souvent dans des rôles stéréotypés liés à la pauvreté ou au crime.

Le cinéma comme outil politique
Viviane Ferreira
La question du racisme dont sont victimes les Noirs au Brésil a été au centre du débat. Autour de la table, Janaína Oliveira, mais aussi Clément Tapsoba, ancien conseiller du Délégué général du Fespaco, Maira Zenun et Viviane Ferreira, par ailleurs réalisatrice. A ce sujet, cette dernière s’est faite virulente: «Au Brésil, le racisme existe, il est violent et son objectif est d’éliminer la population noire. La structure sociale du Brésil est basée sur l’esclavage et aujourd’hui, on voit que ceux qui ont des possibilités d’accès aux droits et aux privilèges ont des ancêtres qui un jour ont mis en esclavage des corps noirs. Les descendants d’Africains sont victimes de plusieurs racismes, en particulier du racisme symbolique. Ce qui justifie la nécessité de parler du cinéma noir comme outil politique ».
L’APAN qu’elle préside se veut donc un outil de lutte politique qui regroupe des professionnels des cinéastes activistes, qui font des films pensés comme des actes de résistance contre l’exclusion, dans un pays qui n’a pas encore réussit à faire la paix avec son passé esclavagiste. « Il existe pour revendiquer cette posture des corps noirs face à l’industrie cinématographique au Brésil et dans le monde », affirme Viviane Ferreira qui ajoute : « Les dix dernières années, il y a eu un investissement très fort de la part des autorités publiques dans le cinéma mais malheureusement, ces ressources n’ont pas bénéficié aux professionnels noirs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le seul long métrage de fiction d’un réalisateur noir au Brésil date de 1984 [Amor Maldito d’Adelia Sampaio, également considéré comme le premier film brésilien sur le lesbianisme, NDLR]. J’ai 31 ans, je fais des films depuis 11 ans et j’ai une société de production depuis 9 ans. Mais dans mon pays, je n’ai eu la possibilité que de faire des courts métrages et ça, c’est une anomalie sociale ».

Dépendance des producteurs
Celia Regina Bittencourt
Au Brésil, deuxième pays au monde qui compte la plus grande population noire après le Nigéria, l’Agence Nationale du Cinéma (ANCINE), un organisme public, s’occupe du financement des films, accentuant ainsi la dépendance des producteurs à l’égard de l’Etat. Certains réalisateurs noirs ont bénéficié de financements mais pas assez pour faire un court-métrage. C’est le cas de Viviane Ferreira et d’André Novais qui ont dû recourir au crowfunding. Là encore, les choses n’ont pas été simples : « Au Brésil, la population noire a un accès très limité aux capitaux et c’est très compliqué de se dire que les Noirs eux-mêmes pourront investir dans des films, puisque à partir du moment où les gens doivent financer un film ou manger, ils préfèrent manger », soutient la réalisatrice du Jour de Jérusa. Célia Regina Bittencourt, ambassadrice du Brésil au Burkina Faso, apporte une nuance à ce sombre tableau : « le Brésil est un pays très complexe, nous avons une population marginalisée et c’est nécessaire de poser ces questions mais je pense qu’on a fait des progrès. Le financement est très difficile, le gouvernement demande à des entreprises de financer la culture. Nous avons fait de gros efforts pour aider la culture brésilienne, pas seulement blanche, mais aussi noire et indienne ».

Zozimo Bulbul
Malgré ces propos rassurants, les structures comme le FICINE, l’APAN et le Centre Afrocarioca de Cinéma créé en 2007 à Rio de Janeiro par Zózimo Bulbul, ont vu le jour pour promouvoir la culture africaine du Brésil et les cinéastes noirs. Ils permettent à ce cinéma encore marginal d’être présent sur les écrans pour participer à la construction des imaginaires et des identités, établissent des ponts avec l’Afrique. Ils suivent ainsi les traces d’un mouvement amorcé par Zózimo Bulbul. Une sorte de reconnaissance d’un travail qu’il avait commencé bien avant. Comédien et réalisateur brésilien, Bulbul tient un rôle dans le film La déesse noire (150’, 1978) du Nigérian Ola Balogun, unique co-production Brésil-Afrique jusqu’ici. Ce film raconte le voyage d’un jeune nigérian qui va au Brésil à la recherche de ses ancêtres déportés comme esclaves deux siècles avant. En 2009, Bulbul est invité par le Fespaco pour présenter ses films et ceux de 16 autres réalisateurs afro-brésiliens. En 2010, il participe au Festival mondial des arts nègres à Dakar au Sénégal. En 2013, Bulbul décède à Rio de Janeiro.

Maira Zenun et Clément Tapsoba
Il est à déploré que toutes ces actions, jusqu’ici, n’aient pas aboutit à une seconde co-production Brésil-Afrique. Cependant, Clément Tapsoba rassure de la volonté du Fespaco et de la Fepaci d’intégrer les cinémas de la diaspora : « La FEPACI dès le départ en 1970 avait cette volonté. Il y a eu des appels de pieds et il existe aujourd’hui la région Amérique latine et centrale avec un représentant nommé en 2013 à notre congrès à Johannesburg qui s’occupe de la diaspora de ces régions ». Janaína Oliveira souligne que le Fespaco a toujours eu cette ambition de décoloniser le regard qu’on porte sur le cinéma et d’être un miroir du cinéma noir brésilien. N’empêche qu’au-delà de la volonté collective affichée, les actions concrètes restent rares, et l’amnésie collective bien en place. Janaína Oliveira se veut positive toutefois : « j’espère qu’aujourd’hui c’est simplement le début d’une discussion qui va se poursuivre. L’idée aussi est d’amorcer une réflexion par rapport à comment est-ce que les personnages noirs sont perçus, de réfléchir à des liens qui existent entre les films ».

Stéphanie Dongmo 

mardi 30 mai 2017

Cinéma : Sembène vu par les Africains

Du 9 au 11 juin 2017, Galle Ceddo Projects, en collaboration avec des douzaines d’institutions africaines dont le réseau Cinéma Numérique Ambulant, présente le projet « Sembene à travers l’Afrique » ; une série de trois jours de projections publiques et privées gratuites du film « Sembene ! » de  Samba Gadjigo et Jason Silverman. Cette initiative qui se déroule à travers l’Afrique et la diaspora africaine vise plus de 90 projections publiques dans une trentaine de pays.

Sembene sur un plateau de tournage.

Le film à diffuser célèbre Ousmane Sembène, « le père du cinéma africain », qui a passé des décennies à produire un cinéma visionnaire et pertinent pour une Afrique nouvellement indépendante. « Sembene ! » a eu ses premières projections en compétition aux Festivals Sundance et Cannes et a été projeté dans plusieurs  pays  dans le monde et il  faisait partie de la liste des sept meilleurs films de 2015 et parmi les 10 meilleurs films choisis par le New York Magazine.
A ce jour,  d’après le communiqué de presse qui annonce l’évènement, plus de 90 projections publiques dans 30 pays ont été confirmées, et d’autres sont attendues. Toutes les projections seront gratuites et financées par la Ford Foundation, l’Institut Sundance, les levées de fonds populaires dont une levée de fonds électronique qui s’est déroulée du 1er au 25 mai.
Toutes les projections seront suivies de débats dont plusieurs seront menées par des universitaires et des cinéastes. Une liste complète des projections sera mise à jour sur www. Sembenefilms.com (voir ci-dessous le programme des projections organisées par le Cinéma Numérique Ambulant).

Ecoles du soir pour les Africains
En plus des projections, des séminaires seront organisés à Dakar (Sénégal), Ouagadougou (Burkina Faso) et à Conakry (Guinée). Le film sera diffusé à travers le continent pendant ces 3 jours. L’équipe d’organisation, dont des producteurs et  des consultants, comprend Ngugi Wa Thiong’o, (Kenya) Gaston Kabore (Burkina)  Fatou Kande Senghor, Ousmane Sene et Rama Thiaw (Senegal), Samantha Etane et Issa Nyaphaga (Cameroun),  les professeurs André Siamundele (RDC), Fibby Kioria (Uganda), Jacqueline Nsiah (Ghana), Mickey Fonseca (Mozambique) et Abderrahmane Diallo (Guinee), entre autres
Le projet est motivé par le désir  non réalisé de Sembène de son vivant, et après 50 ans de travail continu, de restituer les histoires africaines aux Africains. Pendant des décennies, à travers la période coloniale, et jusqu’aux indépendances à la fin des années 50 et au début des années 60, les écoles coloniales, les journaux, les télévisions, les films et les langues de l’Europe étaient les seuls vecteurs dominants de la culture africaine. Les cultures africaines étaient marginalisées et criminalisées et plusieurs Africains ont perdu contact avec  leur passé.  Dès son premier film, Borom Sarret (1962), Sembène s’est consacré à faire un cinéma conçus comme « école du soir » pour les Africains.
Ses œuvres ont revu  l’histoire africaine selon une perspective africaine, dénoncé la corruption des dirigeants et célébré « l’héroïsme au quotidien ». Sembène a passé 50 ans à écrire des livres et à faire des films dans un effort sans relâche, de réorienter les Africains après des générations de colonisation. Malheureusement, 10 ans après sa mort, Sembène, un véritable héros d’un cinéma de montée en pouvoir des Africains, demeure inconnu de plusieurs jeunes Africains.

Partager l'héritage de Sembène
De même, ce film documentaire biographique,  plusieurs fois primé de par le monde, demeure inaccessible aux Africains. Cet événement de dimension continentale va célébrer le message de Sembèene sur la prise de pouvoir, la récupération de la culture africaine et le panafricanisme.
Selon Samba Gadjigo, le réalisateur du film et biographe de Sembène, « le projet Sembène à travers l’Afrique vise à inspirer toute personne dévouée au progrès de l’Afrique. » Ce projet représente une étape importante vers notre objectif principal : injecter dans la conscience des Africains le legs de Sembène fait d’histoires  militantes et progressistes.
Usant des nouveaux outils que sont les réseaux sociaux, les technologies numériques et les organisations communautaires, les organisateurs espèrent partager ce documentaire avec un vaste public, qui va apprécier les puissantes histoires d‘Ousmane Sembène à travers le continent.
S.D.

Le Programme des 9 projections du CNA (dès 19h tous les soirs)

Burkina Faso
9 juin : Ouagadougou
10 juin : Koudougou
11 juin : Dédougou
Mali
9 juin : Bamako
10 juin : Ségou
Niger
9 juin : Niamey
10 juin : Dosso
Bénin
9 juin : Ouéga_tokpa
10 juin : Cotonou (Tokan)

Contact : infos@cna-afrique.org

Cinéma : Le Prix CNA est lancé

La 1ère édition de cette distinction initiée par le Cinéma Numérique Ambulant a récompensé quatre films camerounais les plus appréciés du public le 8 mai 2017 à Yaoundé.

Les lauréats avec le CNA et l'UE
Françoise Collet, Ambassadrice de l’Union Européenne au Cameroun, est celle qui a remis le tout premier Prix du Cinéma Numérique Ambulant (CNA) à quatre lauréats pour leurs films. C’était le 8 mai dernier à l’Institut français de Yaoundé, au cours de la cérémonie d’ouverture du tout premier festival du cinéma européen, inaugurant la Semaine de l’Europe au Cameroun. Ces films ont été primés pour avoir eu les meilleurs effets sur les spectateurs durant la période 2015-2016 au Cameroun.

Il s’agit de Ninah’s dowry de Victor Viyuoh (Fintu films, 95mn, fiction, 2012, fiction) ; Prends ma place (Ho’ou Babal Am) de Bako Moustapha (30mn, Cameroun, 2004, fiction), Afrique les petits métiers de la rue de Guy Foumane et Sébastien Tézé (2PG Pictures, 12mnx10, documentaire, 2006), et Etat civil de Cyrille Masso (15mn x 3, 2016, fiction). Des films sur lesquels le CNA possède les droits d’exploitation non exclusifs, et qu’il propose régulièrement à son public qui les a plébiscités, au cours de projections nocturnes et en plein air.
Ninah’s dowry (la dot de Ninah en français) parle d’une jeune femme de 20 ans, mariée depuis sept ans et déjà mère de trois enfants. Elle subit au quotidien les violences de son mari et quand elle entreprend de le quitter, celui-ci exige le remboursement de sa dot. Ce long-métrage, assurément l’un des meilleurs produits au Cameroun ces cinq dernières années, a été diffusé par le CNA principalement dans les régions anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Il y a été très apprécié du public parce qu’il décrit des réalités bien connues (il est inspiré d’une histoire vraie), et parce qu’il est tourné en pidgin-english, langue la plus courante dans ces régions. Les échanges d’après projections ont souvent été vifs, en présence des acteurs du film qui a rassemblé plus de 13 000 spectateurs, en 27 projections publiques.

Autre production primée, Afrique les métiers de la rue, une collection de courts-métrages documentaire proposée par Blaise Pascal Tanguy. Elle présente une succession de petits métiers informels qui prospèrent dans les rues de pays d’Afrique et sont pratiqués par des jeunes qui n’ont pas pu s’insérer dans le secteur formel : cordonnier, laveur de voitures, charmeur de serpent, vendeur de médicament, fabricant de marmites, casseur de pierres, creuseur de sable, etc. Les populations des régions Centre, Littoral, Sud et Ouest en particulier, ont apprécié la justesse de ce documentaire et surtout l’abnégation des différents acteurs qui travaillent dur pour gagner leurs vies. Les petits métiers présentés ici reflètent le quotidien du commun des Camerounais, dans un pays où l’informel a pris une place énorme. Le film a été diffusé 53 fois, pour 12 000 spectateurs.

Ho’ou Babal Am, en français Prends ma place, a été produite par l’Association Rayons de soleil et sert de support aux activités de sensibilisation contre le mariage forcé et précoce, qui pousse très souvent les jeunes filles à la déscolarisation. Il raconte l’histoire d’Hawa, qui est donnée en mariage par son père à 13 ans et obligée de quitter l’école. 20 ans plus tard, son ancienne camarade de classe devenue médecin va sauver la vie de son père malade. Celui-ci va alors regretter de n’avoir pas laissé sa fille poursuivre ses études. Ce film a été diffusé dans le grand nord (Extrême-Nord, Nord, Adamaoua), ainsi que dans les quartiers à dominance musulmane au cours de 65 projections, réunissant plus de 52 000 spectateurs.

La dernière production primée est un film de commande produit par le Ministère de l’Administration territoriale, la société conseil Civipol et le Cinéma Numérique Ambulant pour accompagner une campagne de sensibilisation à l’établissement des actes d’état civil (naissance, mariage, décès). Il décrit les malheurs de Moli, une brillante élève de 10 ans qui ne peut présenter le Certificat d’études primaires faute d’acte de naissance. Plus tard, le défaut d’acte de naissance va encore l’empêcher de se marier légalement et de toucher une réversion à la mort de son mari. Au total, le film a été diffusé 140 fois dans plus de 100 localités différentes, rassemblant plus de 100 000 spectateurs.

Le choix du public
D’après Stéphanie Dongmo, Présidente du CNA Cameroun, « le Prix CNA a pour objectif de stimuler le secteur cinématographique, de promouvoir la diffusion et d’encourager les professionnels du cinéma à tenir compte du public dans la conception des films. Ce prix met en lumière les raisons pour lesquels les films ont été appréciés du public, et donne aux cinéastes des retours concrets sur les envies, les goûts du public. Ils pourront ainsi faire des films qui répondent mieux aux préoccupations actuelles. La finalité étant de faire en sorte que le choix du public soit désormais un facteur suffisamment pris en compte dans la production d'un film, ce qui n'est pas encore le cas. »
Le prix récompense donc les films de tous genres : documentaire et fiction, patrimoine et sensibilisation, film d’auteur, de commande ou commercial, en anglais, en français ou en langues locales, sans aucune distinction. La première édition de ce Prix qui se veut annuel a été soutenue par la délégation camerounaise de l’Union européenne.
Les quatre lauréats se sont dits honoré de cette distinction accompagnée de lots en nature, des appareils photos numériques en l’occurrence. Blaise Pascal Tanguy explique : « c’est une reconnaissance très forte de sens qui m’a beaucoup ému parce que nous faisons des films,  mais tant que ceux qui les regardent ne sont pas satisfait, nous n’aurons jamais assez de force pour continuer. C’est ma première reconnaissance en tant que réalisateur et producteur et du fond du cœur, je dis merci au CNA pour l’initiative et merci au public qui a aimé ce que je fais, qui a plébiscité mes œuvres. Pour les prochaines éditions de ce prix, j’aimerais que la récompense soit la participation du CNA au prochain film du producteur, en préachat. Ce serait beaucoup plus fort et intéressant ».

Ashley Tchameni 

Théâtre: le retour aux sources

Le 24 mai, la pièce Tombeau, mise en scène par Jacobin Yarro, a été représentée à l'Institut Français de Yaoundé, dans le cadre du projet Programme Mémoires libérées que dirige le Programme La Route des Chefferies. 

Jacobin Yarro et ses comédiens.
Le texte est de Léonora Miano, tiré de "Red in Blue Trilogie, sa première œuvre pour le théâtre. La trame de la pièce : un Américain, Afrodescendant, décide de venir mourir au Mboasu, pays longtemps rêvé, fantasmé même, dont il a appris, grâce au test ADN, qu'il est originaire. Mais le Mboasu, pays de l’amnésie par essence, est-il prêt à accueillir sa dépouille? Rien n’est moins sûr. 
On a souvent traité de la traite des Noirs. Le Sénégalais Moussa Touré a même réalisé récemment le docu-fiction « Bois d’ébène », qui suit à la trace des fils d’Afrique depuis l’arrachement violent à leur terre jusqu’à un pays outre atlantique où ils sont mis en esclavage, en passant par les horreurs de la cave d’un navire négrier. Mais rarement on a traité de la question des dépouilles. De tous ces morts sans sépulture dont les tourments physiques ont cédé la place à des souffrances spirituelles (qui, elles, sont pires) et qui ont besoin d’un point de chute, même symbolique. 
Cet angle-là, bien plus que la mise en scène, la scénographie où le jeu des comédiens, m’a le plus intéressé. Auteure du recueil de nouvelles « Aujourd’hui, je suis mort », j’ai pleinement conscience de vivre aussi bien avec les vivants qu’avec les morts. La frontière entre l’ici et l’ailleurs peut être bien ténue. 
 Sur ceux qui sont partis comme sur ceux qui sont restés, la traite a laissé des séquelles profondes, irréversibles, même si la plupart des auteurs tournent davantage leurs regards du côté de ceux qui sont partis. D’où l’amer constat de cette incompréhension qui existe entre les Africains et les Afro-descendants. 
Les premiers ne comprennent pas cet amour désespéré qu'ont les seconds, enviés la plupart du temps, pour un continent qui les désespèrent. Les Afro-descendants eux, ne comprennent pas l’indifférence, un accueil encore trop timide. Marginalisés souvent dans les pays qui sont devenus les leurs par la force des choses, ils construisent dans leur imaginaire une Afrique qui n’existe plus, qui n’a peut-être jamais existé. Le choc avec la réalité peut être rude. 

Peur et repli sur soi
Dans la pièce, les hésitations des gens du Mboasu pour accueillir la dépouille de cet homme qui a choisi de passer la porte du non-retour en sens inverse, est présentée comme de l’égoïsme, le refus de partager des terres… Moi, je n’y vois que de la peur, un repli sur soi qui, s’il n’est pas légitime, peut tout à fait se comprendre. 
La peur entraîne le repli sur soi, utilisés comme stratégies de défense lorsqu’on n’en a pas d’autres, l’oubli aussi. Chacun se protège comme il peut. S'anesthésier, effacer la douleur, annihiler le déchirement, vivre l'aujourd'hui en essayant de ne pas trop penser à l'avenir. Voilà ce à quoi nous sommes réduits. Ce faisant, la blessure ne cicatrise pas, le malaise perdure. Le processus de guérison sera long. En tout cas, je ne serai plus là pour en voir le bout. A moins que… 
 Nous sommes un peuple sans mémoire. Même dans nos familles, nous vivons sans mémoire. Autour de moi, je connais très peu de gens qui peuvent remonter dans leurs arbres généalogiques jusqu’à la 5ème génération. Personnellement, j’ai déjà eu beaucoup de peine à rassembler les noms de tous mes grands-parents, n’en ayant connu qu’un des quatre. Il y a quelques temps, j’ai entrepris d’établir mon arbre généalogique aussi loin que je pouvais. Inutile de vous dire que je ne suis pas allé bien loin. Ma famille me regardait poser des questions ahurie, ne comprenant pas à quoi cela me servait de connaître les noms de mes aïeuls. Elle comprenait encore moins que je m’intéresse aussi à leurs histoires : comment ils ont vécu, comment ils sont morts. 
 Beaucoup de mes aïeuls sont tombés dans le maquis, d’autres sont morts jeunes, ne léguant à leur descendance que la douleur, le désordre. Ces descendants ont eu à cœur de mettre de l’ordre dans le chaos dont ils avaient hérité. Ils ont ainsi vécu simplement leurs vies, au jour le jour, sans s’encombrer d’un passé trop douloureux. Ils nous ont appris à vivre essentiellement l’aujourd’hui déjà bien rempli de questionnements pour la survie. Et si nous n’y faisons attention, c’est cette amnésie-là que nous transmettrons à nos enfants.
Raviver la mémoire de la traite négrière c’est bien. Mais comment se l’approprier si déjà dans nos cellules de base, l’histoire des pères ne se transmet pas aux fils, si la fille ignore tout de la vie de sa mère, ne sait rien de ses amours, de ses déchirements intérieurs, de ses rêves échoués ? Les enjeux ne sont pas les mêmes, c’est vrai, mais la base est là. S’enraciner dans une famille, dans une communauté et dans un peuple pour accueillir son frère venu d’ailleurs. Se connaître soi-même pour s’ouvrir aux autres. Guérir de ses blessures pour mettre du baume sur celles des autres. S’aimer pour aimer l’autre. Ce n’est qu’à cette condition que le fait de franchir volontairement la porte du non-retour, va conduire à un espace de vivre-ensemble, pour qu’une nouvelle page de l’Afrique puisse enfin s’écrire, par ses enfants du continent et d'ailleurs.
Stéphanie Dongmo

jeudi 23 mars 2017

Chauffeur, le son!

Emprunter un bus pour aller d’une ville à une autre est un véritable parcours du combattant dans ce Cameroun à la cacophonie assumée. Comme si le mauvais état des routes ne suffisait à soigner vos courbatures, le son, sous toutes ses formes, est aussi là pour s’assurer de la bonne santé de vos maux de tête. Des cris, de la musique, du prêche ou des pleurs. L’agitation est assurée. Et tant pis pour les voyageurs épuisés…

22h. Gare routière de Tongolo à Yaoundé. On croirait que toute la population de la capitale s’y est donnée rendez-vous, tellement il y a de monde. Les chargeurs des compagnies de voyage vocifèrent, s’interpellent, se chamaillent. Des centaines de personnes vont et viennent, traînant sacs de voyage et enfants à leur suite. Une seule destination : l’ouest et le nord-ouest du pays.
Entre les bus dit “gros porteurs” (70 places assises) et les minibus (30 places officielles, 40 en vrai), le choix est vite fait. Sauf si, bien sûr, on n’en a plus. Devant le bus à l’arrêt, les passagers se bousculent. C’est à qui entrera le premier pour occuper la meilleure place, alors même que le numéro du siège est marqué sur le billet. Ici, c’est le règne du désordre et du chacun pour soi. Les passagers s’engueulent, s’injurient. On frôle même la bagarre.
Départ du bus à minuit. Une série de coups de klaxon stridents l’annonce. A peine le véhicule se met-il en route que plusieurs passagers réclament : “Chauffeur, le son, le son !” Exécution ! Et les airs de gospel se répandent. “Envoie ton amour, Jésus, envoie ton pardon, aujourd’hui et maintenant” clame la chanson de Hortense Colombe. Un instant, le silence se fait dans le bus. Les passagers écoutent religieusement, question de se réconcilier avec Dieu, avant d’entamer ce voyage de nuit sur la Nationale 4. Près de 300 kilomètres de route à inscrire dans le Triangle de la mort : Douala-Yaoundé-Bafoussam.
Mais chassez le naturel, il vous revient au galop. Les conversations reprennent bruyamment. C’est à qui parlera le plus fort pour se faire entendre dans le bus. Entre les pleurs des enfants, ceux qui vocifèrent leurs dernières instructions au téléphone et ceux qui se racontent les nouvelles, la cacophonie est générale. Surtout que le chauffeur – le bruit n’étant pas à son comble – se lance à son tour dans des rythmes plus endiablés. Hors gospel. Ndombolo, bikutsi, makossa. Fally Ipupa et Petit Pays s’affrontent, pendant que Lady Ponce et Mani Bella s’occupent de calmer le jeu.
1h du mat. Un passager, à qui ces choix ne conviennent pas, écoute un folklore bami sur son portable, sans écouteurs. Ambiance ! Plainte d’un voisin sur le côté. Comme un seul homme, plusieurs passagers laissent tomber une pluie de politesses verbales sur sa tête : “fous nous le camp, nous on veut le son ! Si tu es endeuillé, c’est ton problème !”. Ambiance de marché. Difficile de s’assoupir ou de laisser l’esprit divaguer. Les yeux se ferment, quand même, surpassant le vacarme, avant de se rouvrir, hagards, lorsque s’opère un silence, signalant l’arrivée dans un bus d’un homme à peau blanche. Ça détonne…
“Mon nom est Docteur Blanco” se présente l’albinos. Il se tient debout au beau milieu du véhicule. En temps normal, il aurait fait des va et vient dans l’allée du bus. Mais ce soir, il ne pourra pas à cause du trop plein de passagers. Certains sont assis à même des caisses jetées dans l’allée. Surcharge oblige. Le bon docteur ne se laisse pas démonter pour autant. Il présente ses produits à des prix défiant toute concurrence: bonbon ginseng pour booster l’activité cérébrale, livres sur le secret des plantes, mixture pour arracher les dents cariées en quelques minutes, poudre pour nettoyer l’appareil génital, augmenter sa fertilité et “engrosser même les femmes des voisins”. Pour se faire entendre au-delà du bruit ambiant, Dr Blanco hausse la voix et projette – dommage collatéral – sa salive sur ses obligés, allègrement.
2h30. Nous sommes à Makénéné. Une pause s’impose. L’odeur du plantain braisé et des safou (prunes au Cameroun) se répand. Des spécialités locales. Trente minutes plus tard, on repart. Le conducteur du bus, à peine installé sur son siège que déjà les passagers vocifèrent : “Chauffeur, tu es trop mou, tu dors ou quoi ? Accélère et mets nous le son !” Décibels ! Excité par la bière qu’il vient de descendre et par les encouragements de ses passagers, il écrase l’accélérateur un peu plus. “Ooohhhh Chauffeur, c’est quoi, tu veux nous tuer ? Si on t'a demandé de sacrifier des gens dans la sorcellerie, va dire que tu ne nous a pas trouvé !!!”.
Le bus file sur l’asphalte, laissant Dr Blanco derrière lui. Mais un de perdu, dix de retrouvés dit-on. Pour le remplacer, un prédicateur se présente : Pasteur Paul. L’homme est engoncé dans une veste trop grande dont la manche dépasse. Sa bible en main, telle l’épée du soldat, il parle avec un fort accent anglophone. Il attaque frontalement : “Mon frère, ma soeur, où iras-tu après ta mort ? Que deviendra ton âme ?” On se tait, on écoute. Le pasteur parle de rédemption et la vie éternelle. Il termine par une prière de consécration à Jésus-Christ que beaucoup s’empressent de réciter comme s’ils écrivaient leur nom dans le Livre de la vie. Le pasteur distribue ses cartes de visite, en précisant qu’il est dispo pour les prières particulières. Délivrance et guérison. Avec en cerise sur le gâteau les grâces de travail, mariage, voyage... Car Dieu reconnaît toujours les siens.
4h du mat. Le jour commence à poindre. La destination se dessine à l’horizon. Pasteur parti et volume musique baissé. Des ronflements se font entendre ici et là. L’heure est à l’apaisement. Soudain, une femme lâche un long cri de douleur. Les corps au repos se redressent, comme mus par des ressorts. Les yeux furètent pour localiser l’origine du cri. “Ma mère est morte, ma maman est partie ! Tu me laisse à qui ? Pourquoi tu n’as pas attendu que j’arrive ? Oh, je suis morte, oohh, je vais faire comment ?” La pleureuse a reçu un coup de fil, lui annonçant le décès de sa mère, alors même qu’elle pensait se rendre à son chevet. Des “assia” et des “ouais” de réconfort fusent. Spontanément, un cercle de solidarité se forme. On l’interroge avec beaucoup d’égards et de curiosité. De quoi souffrait sa mère, combien d’enfants laisse-t-elle derrière elle, où est-elle morte…
5h30. Les amplificateurs distillent maintenant une musique nigériane. Le jour se lève. Le bus s’arrête à la gare routière à Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest. Terminus ! Tout le monde descend. Aux fenêtres, des vendeurs proposent déjà du pain tout frais. Tout le contraire du passager épuisé, nauséeux, jurant qu’on ne l’y reprendra plus.

mardi 14 mars 2017

Cinéma : le bilan 2016 du Cinéma Numérique Ambulant

Le Cinéma Numérique Ambulant Afrique, structure de coordination de l’ensemble des cinémas mobiles installés en Afrique, a rendu publique le bilan des associations CNA dans cinq pays : Sénégal, Cameroun, Burkina Faso, Mali et Bénin. Il en ressort que le CNA est en pleine expansion, même si les associations CNA du Niger, Togo et Tchad n’ont pas été très active en 2016. Au total, le réseau CNA a organisé 1378 séances de projections cinématographiques, suivies d’échanges avec le public.

Une séance de projection du CNA au Fespaco 2017.
Sénégal
Le CNA Sénégal connait probablement son meilleur score depuis sa création en 2011. Au total, 253 séances de projections organisées durant toute l’année, pour un public estimé à 250 000 spectateurs. 39 films ont été diffusés, soutenu par huit partenaires dont Unicef et Africalia Belgium.

 Courant 2016, le CNA Sénégal a été intégré au sein du comité national de protection de l’enfant au Sénégal. Une reconnaissance pour le travail fourni dans la lutte pour le respect des droits des enfants, avec notamment des projets forts comme le Festival Casa Ciné. La 3ème édition de cet évènement qui donne aux enfants l’occasion de prendre la parole sur leur destin se tient d’ailleurs depuis le 20 jusqu’au 25 janvier à Sedhiou, Kolda, Tambacounda et Zinguinchor.

Le CNA a également lancé un plaidoyer pour le retrait définitif des enfants de la rue et s’est impliqué dans la lutte contre l’exploitation des enfants.
Le CNA Sénégal enregistre aussi la réalisation de deux films de sensibilisation et de 35 Micros trottoirs réalisés en partenariat avec UNICEF sur les pratiques néfastes, notamment excision et le mariage d'enfant.

Cameroun
Au Cameroun, le CNA est en nette progression. L’année a été portée par un projet phare de sensibilisation à l’enregistrement des actes d’état civil (acte de naissance, acte de mariage et acte de décès) soutenu par le Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation et le société conseil Civipol. L’autre projet fort a été une campagne de sensibilisation à l’éducation de la jeune fille dans les camps de réfugiés à l’Est, en partenariat avec Plan Cameroun.
Au total, 168 séances ont été organisées, rassemblant près de 105 000 spectateurs, soit une moyenne de plus de 600 personnes par séance. Le CNA a travaillé dans 163 localités, diffusant 96 films dont trois qu’il a lui-même produit (sur l’état civil).
Le CNA a travaillé avec une quinzaine de partenaires dont le Ministère des Arts et de la Culture, l’Institut français du Cameroun, les festivals Lie la Tatomdjap, festival de films de quartier…

Burkina Faso
Le CNA Burkina enregistre le plus grand nombre de projections avec en permanence quatre unités mobiles de projection sur le terrain. Au total, 465 séances ont été organisées sur les thèmes divers : mariages des enfants, excision, grossesse en milieu scolaire, lavage des mains, consommation de l’eau potable, construction et utilisation des latrines.
Le Cna a principalement travaillé avec des partenaires historiques : Unicef, le Catholic relief services, Africalia. Il a également produit des films de sensibilisation et acquis les droits d’exploitation de deux films : « Zabota » (92’, 2012) d’Ibrahim Olukunga et « Tu me prends pour qui » (92’, 2014) d’Oumar Dagnon. Des micro-trottoirs de sensibilisation ont aussi été réalisés.

Bénin
L’année a commencé difficilement au CNA Bénin, pour connaître une amélioration vers la fin. Avec des projets notables comme « La fête du cinéma » organisé avec Canal+ Bénin et les projections décentralisées avec le CNA Afrique et Africalia.
Au total, 112 séances ont été organisées pour promouvoir le cinéma, l’enregistrement des naissances, l’agriculture. En plus des partenaires pré-cités, le CNA au Bénin a travaillé avec la Commune de Savalou, la commune de Tchaourou, AFASS-Bénin. Pour un public estimé à près de 50 000 spectateurs.
Le CNA Bénin a aussi produit un film de sensibilisation à l'enregistrement des naissances. 

Mali
Entre janvier et décembre 2016, le CNA Mali a organisé 380 séances de projections-débats sur l’ensemble du pays, pour un public estimé à 530 000 spectateurs.

Déployant régulièrement trois équipes sur le terrain, le CNA a travaillé sur des sujets variés : les droits humains, l’excision, la scolarisation des enfants, les violences fondées sur le genre, le trafic des enfants, l’éducation, la santé de la reproduction, le planning familial, l’excision. Mais aussi la promotion des arts et de la culture. Ses partenaires 2016 sont l’Unicef, le PNLE, la Minusma, Africalia, Ciné droit libre, etc.
Au total, les CNA ont organisé 1378 séances de cinéma sur l'année 2016. 

Ayodele Elegba : My dream for animated films in Nigeria

CEO of Spoof Animation, he talk about his studio that produced comics and the difficulties they have to face.
Ayodele Elegba
 How did you personally come to animated cinema?
I loved the old classics from Disney animations. I mean, Cinderella, Snow white etc. I also loved animation on TV and I grew very fund of them. I really loved to see things move and I had dreamt of doing so myself. Like I usually say, animation makes you into a demi god and you can create and make things come alive, just like God did in the beginning of creation. So I began to study and read on my own and get tutorials online to help me get better.
Spoof Animation was a dream that I had always had but decided to wait till now to begin because I needed to gather enough experience and training about the industry. So in November 2015, we got an office and started some skeletal work and started recruiting team members. It was not until January 15, 2016 that Spoof Media LTD was incorporated as a full legal business entity ready to provide services in the area of animation, comics and book illustrations.

What is you model in animation?
My role models will definitely be Walt Disney, his story inspires me a lot and makes me believe that such a life and experience can be recreated here in Africa.

In Spoof animation studio, you train young people free of charge. What purpose?
Yes, animation is a game of numbers and we have realised that in Spoof. To make a full feature length animation film we will need at least 200 animators and crew members. We realised we don’t have that number of people yet and animation is very expensive to learn abroad. So we decided that if we actually want to see a full feature length film done by Nigerians we will need to train. We are giving this training out free because we are in a hurry to meet this 200 mark as we hope to commence full production on our own feature length film in 2018.

So there are not many animators in Nigeria?
They are a number of animators in Nigeria doing their stuff in their bedrooms or where ever. However there are only few animation studios. Collaboration has always been a problem in animation in this parts and that is why when I founded Spoof I decided to bring some animators together to achieve something together as a team.

Do you use 3D in your work?
We love 2D animation and we currently shy away from using 3D animation for now. Everything we do now is fully hand drawn. But maybe in the future we may look at ways of integrating 3D into our work

For now, Spoof has only produced short films. You are working on a series, “Area daddy”. When will it be ready?
We have just been selected to pitch the Area daddy Animation series at DISCOP this year in South Africa. We are hoping to get some content distributors to take it up from us and spread it widely across Africa and the world. However we currently share the cartoon strips of the series on our social media platforms so our fans can get to know about the characters and get ready to see them on the screen.

What are the characteristics of Nigerian animated films, how are they different from those existing on the market?
I think majorly in the dialogue and the way the stories are told. The Nigerian animation is Nigerian and uses language, dressing and environment that passes across the Nigerian Culture and values.

Usually, people don’t see animation like something serious. What can you tell them to make them change their minds?
It’s all about the story. If a serious story is told through animation, it would be taken seriously. Animators need to understand that animation is beyond making drawn characters move. They have to move to tell a compelling story. This is what dictates the perception of the viewer.

A part from illustrators, animated films industry needs equipment, solid financial investment; do you have them in Nigeria?
We have all of the above with the exception of the solid financial investment and equipment. Once we have these two, I believe we are set to show the world what we’ve got as far as skills go. Those who have seen the potentials in this growing industry don’t have adequate investment strength while those with investment strengths either don’t have the awareness of what an investment opportunity it is or are just not convinced enough. With financial investment, the equipment problem can be dealt with.

Is there a market?
There is a real market of course. What is lacking are contents to ignite further enthusiasm and followership. I believe as much market there is for Nollywood is open to animation contents.

Federal Government is planning to invest in infrastructure to support the animation industry. Is it good news for you?
There can’t be a better news than that for the industry. Government input by way of infrastructure and grants has been missing for too long in the animation industry. We need it to grow and we need it like yesterday.

Can animated films find a place in Nollywoodfilm industry?
The place of animation films in Nollywood as far as I know has been begging to be filled for the past decade. Nollywood is ripe enough to accommodate animation films. This one direction Nollywood producers must begin to look into with serious business intents.

Spoof took part in The Lagos Comic Con. How this kind of event could help the development of animations industry?
Lagos Comic Con is designed to drive development in the animation, comics and gaming industry. It has been successfully doing that, especially this year’s event. The aim is to gather all the players in the industry under one roof where they exhibit their works, meet and network with fellow professionals, get noticed by the potential clients, partners and possibly investors. This year, Spoof Animation premiered its short action flick, Strikeguard, a 2D Animated film based on a comic book. The reviews and applause were overwhelming. After that show at the comic con, content creators with good stories to animate have been contacting us to help them animate their stories. This is one of the ways participants of the Lagos Comic Con benefit from it. So, the event has a massive developmental role to play in growing the industry.

What are your dreams for animated films in Nigeria and Africa in general?
My dream for animated films in Nigeria and Africa is that we reach the level of the Americans in global reach. That is, we have amazing characters and stories that are widely followed and popular like the Batman and Superman of America. I dream of when from over here we embark on an animated film project from start to finish and this films grosses hundreds of millions in dollars worldwide. To be honest with you, I do not think of this as a far-fetched reality. Africa is the new frontier in stories and entertainment. With the level of zeal and skill I have seen over the past few years, it is only a matter of a couple of years and we will be there as long as all the vital ingredients are complete in the broth.

Prepared by Stephanie Dongmo