jeudi 8 novembre 2012

Cinéma : Le foot version féminin


« Ladies’turn », le film documentaire de Hélène Harder filme un championnat de football féminin au cœur des quartiers sénégalais.

L'affiche du film
Au Sénégal, une association se bat pour promouvoir le football féminin dans les quartiers. Si le pays a érigé le football en sport roi, le regard porté sur les footballeuses reste très négatif. Quelques jeunes filles développent des stratagèmes pour échapper à la vigilance de leurs parents et aller s’entraîner.

En 2011, l’association Ladies’turn organise un tournoi de football féminin avec 19 équipes. La compétition approche. Pour certaines, l’essentiel est de participer. Pour d’autres, le ballon rond peut leur ouvrir les portes du monde. Toutes sont bien conscientes que le chemin qui mène à la réalisation de ce rêve fou est parsemé d’embûches.

Sans financement, chaque match est une longue équation à résoudre pour les organisateurs. Seyni Ndir Seck, ancienne capitaine de l’équipe nationale de football du Sénégal et présidente de Ladies’turn, Jennifer Browning, fondatrice de l’association, Gaëlle Yomi, responsable de la communication et Bassouré Diaby, sélectionneur, n’en dorment plus. Ils réussiront à aller au bout de ce tournoi. Mais le pari pour faire du football un choix de vie pour les femmes est loin d’être gagné.
Stéphanie Dongmo 

Pour en savoir plus : http://www.ladiesturn.org

jeudi 1 novembre 2012

Littérature : Geneviève Damas, Prix des cinq continents de la Francophonie


La comédienne, metteur en scène et auteur belge a été primée pour son roman « Si tu passes la rivière ».

Geneviève Damas recevra le Prix des cinq continents de la Francophonie dont elle est la lauréate le 11 novembre prochain à Toulouse, en France. Elle a été primée pour son premier roman intitulé « Si tu passes la rivière », paru en 2011 aux éditions Luce Wilquin.

Le prix lui sera remis par Abdou Diouf au Centre des Congrès Pierre Baudis, dans le cadre du Salon du Livre Midi-Pyrénées « Vivons Livres », organisé par la Région Midi-Pyrénées et le Centre régional des Lettres, en partenariat avec la Mairie de Toulouse. La manifestation sera suivie d’une cérémonie de dédicace.

Née en 1971 à Bruxelles en Belgique, Geneviève Damas est comédienne, metteur en scène et auteur. Son roman « Si tu passes la rivière » faisait partie des 10 finalistes de l’édition 2012. Il a été primé le 24 septembre dernier au siège de l’OIF à Paris. Il raconte l’histoire d’un jeune homme de 17 ans, le dernier de cinq enfants, qui se pose des questions sur sa famille.

Le jury a motivé son choix en évoquant « une rivière comme la frontière entre le silence et le langage, le message et la vérité, le mimétisme et la naissance à soi-même ; la parole d’un enfant qui naît comme un balbutiement pour atteindre la force du cri : un hommage à la vertu libératrice de l’écriture ».

Crée en 2001 par l’OIF, le Prix des cinq continents est destiné à favoriser l’émergence de talents littéraires reflétant la diversité culturelle et éditoriale en langue française, il s’attache à les promouvoir sur la scène littéraire internationale. En 2011, le Camerounais Patrice Nganang a reçu la mention spéciale pour son roman « Mont plaisant ».

Stéphanie Dongmo

Cinéma : Trois petits tours et puis reviennent


L’opéra du bout du monde de Marie-Clémence et Cesar Paes raconte en musique les coulisses d’un spectacle joué à La Réunion, à Madagascar et en France. Le documentaire sort en salles en France le 28 novembre. Article paru sur www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=11105

Une scène du film
Jean-Luc Trulès est compositeur et chef d’orchestre. Emmanuel Genvrin est auteur et metteur en scène. En 2005, ils créent un opéra en quatre actes, Maraina. Pendant quelques années, le spectacle fait son petit bonhomme de chemin et puis s’arrête. Aujourd’hui, Maraina est plus que jamais dans l’actualité grâce au documentaire L’opéra du bout du monde de Marie-Clémence et Cesar Paes. Un road movie historique qui raconte, côté jardin, un spectacle dessiné entre la Réunion, Madagascar et Paris.

Ce faisant, le film de 96 mn produit par Laterit production, restitue l’histoire que porte le livret d’opéra : celle des premiers habitants des îles de l’Océan indien et de l’annexion de ces territoires par l’Empire colonial français. L’histoire officielle et ses différentes versions se font face sans s’affronter. Racontée par les descendants des protagonistes, elle est tantôt légendée, inconsciemment embellie par le temps, quelque fois trahie par la mémoire vacillante. Au centre de ce récit, un ménage à trois entre la belle Maraina, le rebelle malgache Jean et le colon français Louis Payen.

L’opéra du bout du monde rappelle fort à propos le documentaire Kinshasa symphony des Allemands Claus Wischmann et Martin Baer, l’épopée d’un orchestre symphonique en République démocratique du Congo. Les ingrédients y sont les mêmes : les coulisses d’un spectacle qui se monte pièce par pièce, l’angoisse et la pression à l’approche de l’échéance, la rencontre entre un art considéré comme élitiste et une population ordinaire. Car l’opéra est tout aussi étranger dans ces îles de l’Océan indien que la 9ème symphonie de Beethoven l’est à Kinshasa. Les deux spectacles montés avec des bouts de bois finissent cependant par trouver leur public.

Dans le car vétuste qui transporte l’équipe de Maraina de La Réunion à Madagascar, la caméra se fait intimiste pour porter les secousses du véhicule et la poussière de la route jusqu’au spectateur. Les plans d’ensemble permettent de saisir la beauté des paysages, traversés parfois par des ombres.  Le tout est bercé par le bruit des vagues qui s’écrasent sur les rochers et par la musique, omniprésente dans ce documentaire qui peut ainsi se passer de commentaires. L’opéra du bout du monde prend le temps de filmer le vent, de dessiner les contours d’une montagne, d’écouter les mythes et d’interroger leur origine.

Marie-Clémence et Cesar Paes sont déjà auteurs de plusieurs films documentaires musicaux dont Saudade do futuro sur les joutes musicales improvisées à Sao Paulo, et Mahaleo sur les 30 ans de carrière du groupe de musique éponyme, à Madagascar. Avec cet autre film, le couple de réalisateurs a le mérite d’avoir capté un spectacle vivant à l’espérance de vie limitée pour le prolonger, en le démocratisant. L’opéra du bout du monde échoue cependant à briser la distance établit entre le film et le spectateur. Il ne situe pas l’opéra dans le quotidien des villes où il est représenté et implique le spectateur sans l’émouvoir. Heureusement, quelques fois, l’histoire personnelle des membres de la troupe se mêle à la narration pour sortir Maraina du passé et l’inscrire dans le présent.
Stéphanie Dongmo 

samedi 27 octobre 2012

Stéphanie Dongmo: "Ce livre est né de mon indignation"



Auteure du recueil de nouvelles « Aujourd’hui, je suis mort » qui vient de paraître aux éditions L’Harmattan, elle parle de son écriture et de la mort, le thème central de son œuvre. Interview publiée sur www.camer.be/index1.php?art=22310&rub=2:6

Stéphanie Dongmo, photo Gervais Djimeli Lekpa

Vous venez de publier aux éditions L’Harmattan à Paris un recueil de nouvelles intitulé « Aujourd’hui, je suis mort ». De quoi parle ce livre ?
Comme son titre le laisse déjà deviner, ce livre porte sur la mort qui n’est pas seulement physique, mais aussi spirituelle et morale. La première nouvelle, qui donne son titre à l’ouvrage, puise dans l’anthropologie des rites funéraires Bamiléké pour mettre en scène un suicide. La deuxième raconte le dernier jour d’une vendeuse ambulante dans la ville de Yaoundé, où un certain Jack Bauer sème la panique. La troisième nouvelle est le long cri d’agonie d’une femme qui, partie à la recherche de Dieu, s’est égarée en chemin. La dernière est le regard caustique et sévère d’un enfant de trois ans sur les adultes qui l’entourent.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire cette œuvre ?

J’ai écrit ces nouvelles entre 2000 et 2008. Certains textes m’ont été inspirés par des faits d’actualité que j’ai couvert comme journaliste. Ce livre est né de mon indignation face au silence et à la résignation des gens victimes d’injustice dans une société qui a honte des rebuts qu’elle a elle-même fabriqué. Et je n’ai pas d’autres moyens que ma plume pour parler de ces choses qui m’interpellent.

Vous avez une manière étonnante de le faire, en prenant pour narrateurs un enfant un mort qui parle de l’au-delà…
Oui, parce que je voulais sortir des sentiers battus. Patrice Nganang a pris pour narrateur un chien dans « Temps de chien ». Combien de parents se demandent ce que leurs enfants pensent d’eux ? Et combien de familles endeuillées pensent à ce que devient l’âme du défunt ? J’ai essayé de me mettre dans la peau de ces personnes sans-voix, dont l’opinion ne compte pas, la plupart du temps.


Mais pourquoi écrire sur la mort, un thème si sombre ?
J’ai écrit ces textes à une époque où je m’interrogeais beaucoup sur la mort, sur la finitude de ma propre vie. Nous évitons soigneusement de penser à la mort et pourtant, la mort est la seule certitude de la vie. Mon livre a pour thème central la mort, mais celle-ci n’est qu’un prétexte pour peindre la société camerounaise d’aujourd’hui. Et, loin d’être sombre, ce livre est une célébration de la vie dont on doit savourer chaque instant. 

Livre Stephanie Dongmo:Camer.be

Comment est née chez vous la passion pour l’écriture?
C’est la lecture qui m’a conduite à l’écriture. J’ai commencé à lire très tôt. D’abord, les magazines « Amina » que ma mère achetait tous les mois. Plus tard, j’ai lu les romans-photos de ma sœur, alors adolescente. Une fois au lycée, j’ai commencé à lire les romans sentimentaux qui me tombaient sous la main : Harlequin, Nous deux, Barbara Cartland, Barbara Bradford Taylor… Je lisais tout ce que je trouvais. Je suis née et j’ai grandi à Nanga-Eboko, une petite ville dans le centre du Cameroun. Il n’y avait aucune librairie qui vendait des livres, tout juste un homme qui faisait la location des romans sentimentaux. Ses livres étaient très vieux et tombaient presque en lambeaux, mais je les lisais avec assiduité. Et plus je lisais, plus mon imagination s’envolait et plus j’avais envie de coucher toutes ces idées sur du papier. Je n’ai pas eu la chance de lire autant que je l’aurais souhaité, mais j’ai essayé de tirer quelque chose des lectures que je pouvais m’offrir.

Cette soif de lecture est assez rare dans un pays où les gens ne lisent pas beaucoup…
A partir de mon expérience, je crois que si les gens ne lisent pas beaucoup au Cameroun, c’est parce qu’on ne leur en a pas donné l’occasion, on ne leur a pas appris à lire. Je me souviens, il est arrivé un moment où j’avais lu tous les livres de l’unique personne qui louait les romans à Nanga-Eboko. Je me suis alors retrouvé sevrée de lecture et j’ai commencé à lire des morceaux de journaux dont les commerçants se servaient pour emballer du pain. Je crois que c’est comme ça qu’est né mon amour pour le journalisme. Pour moi, c’était un métier qui me donnait l’opportunité de pratiquer mes deux passions : la lecture et l’écriture.



Quels sont vos modèles dans l’écriture ?

Il y a des écrivains qui m’ont donné envie d’écrire : Calixthe Beyala, Patrice Nganang et Alain Mabanckou. Il y a des auteurs que j’admire : Léonora Miano, Thierno Monénembo et Colleen McCullough. Mais il y a des romancières auxquels je voudrais ressembler. La première de toutes est Maryse Condé. Sa trilogie « Ségou » m’a profondément touchée. Je ne suis jamais allé au Mali mais j’ai l’impression de connaître la ville de Ségou que j’adore, sans la connaître. La seconde est Agatha Christie. Une femme à l’imagination débridée capable d’imaginer une histoire comme « Dix petits nègres » est un génie, à mon sens. J’aime la simplicité avec laquelle elle écrit des histoires complexes.
 
Envisagez-vous une carrière dans l’écriture ?

Bien sur, on dit que l’appétit vient en mangeant ! Je regrette juste que mes obligations professionnelles ne laissent pas beaucoup de temps à son imagination pour s’évader. Mais j’adore l’écriture et je ne cède rien. Cependant, ma priorité est la promotion de ce premier livre.
© Camer.be : Propos recueillis pour Camer.be par Ashley Papouni

Cinéma : Si bref et si long


« Aujourd’hui » du réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis s’attarde à filmer l’éternité de chaque instant du dernier jour d’un homme qui se sait condamné.

Une scène du film "Aujourd'hui"

Nous avons tous peur de la mort. La plupart d’entre nous évite soigneusement d’y penser. On pense à celle des autres, on vit celle des autres, mais rarement la nôtre. Et pourtant, la mort est peut-être la seule certitude de la vie. Alain Gomis a choisi de raconter l’instant de la fin, ce moment à la fois si long et si bref dans un long métrage fiction. Le titre est « Tey », qui signifie aujourd’hui en wolof. C’est un conte philosophique sur la finitude de la vie. Victor Hugo l’a fait au 19ème siècle. En 2012, Alain Gomis nous raconte le dernier jour d’un homme qui se sait condamné.

Satché est parti  aux Etats-Unis pour étudier. Mais quand sonne l’heure de la mort, il retourne dans son pays, le Sénégal. Et son dernier jour, Satché le passe sur les sentiers de sa vie : c’est la maison familiale, le quartier de son enfance, ses copains, son premier amour… Un rôle de premier amour porté par une Aissa Maiga magnifique. Après avoir déambulé toute la journée, Satché finit par rentrer chez lui. Il retrouve ses enfants et se couche aux côtés de sa femme. Tous ces chemins qu’il revisite auraient pu lui réserver un autre destin. Ce film est d’un déterminisme absolu.

La narration est faite de mystère, elle ouvre la porte aux questionnements. On ne sait ni pourquoi, ni comment Satché va mourir. La seule certitude est que la fin, c’est aujourd’hui. « Aujourd’hui » est plein de contrastes, à la fois silencieux et sonore. Il y a beaucoup de sons d’ambiances. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une comédie musicale. Il y a aussi une scène où on voit des Sénégalais manifester dans les rues de Dakar pour l’alternance politique. D’un autre côté, le personnage principal ne parle pas beaucoup. D’abord, c’est un exilé. Il retourne dans son pays où il se sent tout aussi étranger. Ensuite, i aussi un exil intérieur du fait de sa condition d’homme qui ne verra pas le lendemain. Il flotte déjà entre la vie et la mort.

Ce rôle principal est joué par un célèbre slameur américain, Saul Williams. Alain Gomis a écrit ce rôle pour lui, avant même de l’avoir rencontré. Son personnage est profond, il oblige le spectateur à s’impliquer en tant qu’être humain périssable. Il se tait, mais tout se joue dans son regard et sur l’expression de son visage. Et la caméra s’attarde à saisir l’éternité de chaque instant de ce dernier jour de vie. Satché est égaré, mais pas abattu. C’est pourquoi, tout en étant sombre, « Aujourd’hui » est une célébration de la vie.

Né à Paris en 1972, Alain Gomis inscrit son troisième long métrage fiction sur des moments de flottement. Il poursuit ainsi à creuser une voie qu’il a commencé à tracer en 2001 avec « L’Afrance » et en 2007 avec « Andalucia ». « Aujourd’hui » sort en salle en France le 9 janvier 2013. Mais déjà, il a été été présenté à de nombreux festivals: Berlin, Cannes, Cordoue en Espagne, où il a été distingué du prix du meilleur long métrage fiction.
Stéphanie Dongmo

vendredi 26 octobre 2012

Vient de paraître : Aujourd’hui, je suis mort


Le premier recueil de nouvelles de Stéphanie Dongmo est publié aux éditions L’Harmattan.



C’est un recueil de nouvelles écrites entre 2000 et 2008. Il sera bientôt disponible au Cameroun

Résumé :  
Ce recueil de nouvelles aborde une réalité dont on a du mal à parler mais que nous avons tous en partage: la mort. Aussi bien physique que spirituelle et morale. Un homme mal aimé essaie de se dérober à une réalité qui le rattrape; une vendeuse persécutée ferme les yeux en espérant la délivrance; un enfant solitaire découvre que trop d'amour peut encombrer. Ce livre parle des hommes, de ses attentes et de ses angoisses, de ses misères et de ses conflits intérieurs.

Présentation de l’auteure :
Née à Nanga-Eboko au Cameroun, Stéphanie Dongmo Djuka est journaliste et critique de cinéma. Depuis 2009, elle anime un blog : www.stephaniedongmo.blogspot.com. Elle est par ailleurs présidente de l’association camerounaise du Cinéma Numérique Ambulant et responsable de la communication du réseau des Cinéma Numérique Ambulant en Afrique.

ISBN : 978-2-336-00383-2 • novembre 2012 • 78 pages - Prix: 9,98€