samedi 22 janvier 2011

Documentaire : L'abject de la colonisation


« Afrique 50 » de René Vautier, un brûlot contre la politique coloniale française interdit en France de 1950 à 1994, a été projeté le 19 janvier au Centre culturel francais de Yaoundé.

En fait de documentaire, c'est à un long reportage sur les conditions de vie des « indigènes » africains que les spectateurs ont été soumis mercredi soir au Centre culturel français de Yaoundé. Le film est un court métrage (17 mn) tourné en noir et blanc. Le fond est sonore. Les instruments de musique traditionnels africains arrivent fort à propos pour accompagner les images réelles, poignantes.

Ici, on voit des galériens manœuvrer à bras les vannes de l'écluse de barrage. Là, ce sont des hommes ahanant sous le soleil qui chargent dans un bateau des sacs de cacao, sans aucun espoir de goûter jamais au chocolat qui en sortira. Un peu plus loin, des enfants gambadent dans le fleuve Niger. Ailleurs, un village entier a été dévasté. Cette réalité filmée parle d'elle-même. Mais le texte, dit par René Vautier, après que l'acteur pressenti pour le faire se fut désisté, renseigne davantage. Et c'est d'une voix tremblante d'indignation qu'il raconte les exactions des soldats coloniaux sur des populations impuissantes, et commente les tâches humiliantes et inhumaines auxquelles elles sont soumises, pour 50FF la journée. Si les enfants semblent insouciants, Vautier rétorque : « Que feraient-ils d'autre? » Car, seulement 4% d'enfants africains sont scolarisés, juste assez pour fournir des greffiers à l'administration coloniale et des comptables aux compagnies commerciales.

Pour défendre une cause qu'il a spontanément embrassée, le réalisateur, aujourd'hui âgé de 83 ans, montre le visage hideux de la colonisation en Afrique, celui qu'on n'enseignerait jamais dans des écoles de France. Mais les Africains ne veulent plus se laisser faire. Partout sur le continent, des mouvements de libération naissent. Violemment réprimés par les colons, ils poursuivent inexorablement leurs revendications. Le film s'achève sur cet espoir de libération, prémices du vent des indépendances qui soufflera quelques années plus tard.


46 ans de censure

En 1949, La Ligue de l'enseignement commande à René Vautier, jeune homme de 21 ans, qui vient de terminer ses études de réalisation à l'Institut des hautes études cinématographiques, un film sur la vie des villageois d'Afrique occidentale française destiné à être montré aux élèves de France. Pendant plusieurs mois, il parcourt la Haute Volta (Burkina Faso), le Mali, la Côte d'Ivoire et le Ghana. Révolté par les conditions de travail inhumaines et humiliantes des Noirs, René Vautier en fait le premier film anticolonialiste.

Face à l'hostilité des autorités de l'époque, il se fait aider par des étudiants africains se rendant en France pour ramener les 50 bobines dont il dispose. A Paris, Vautier les donne à la Ligue de l'enseignement. Mais la police les saisis. Le réalisateur arrive quand même à subtiliser 17 bobines, qu'il va développer et sonoriser plus tard. A la fin de l'année 1951, il organise la première diffusion du film à Quimper, en France, avec l'appui des mouvements de jeunes. « Afrique 50 » est aussitôt interdit en France. Malgré cela, le film continue à être diffusé. Vautier est condamné à un an de prison et détenu quelques mois.

Dans une interview diffusé juste après la projection du film, René Vautier explique qu’en 1994, « Afrique 50 » lui a été remis par le ministère des Affaires étrangères. Il a déterminé la suite de la carrière de Vautier, qui compte à son actif près de 25 documentaires engagés, tant sur le racisme en France que sur la guerre d'Algérie. En 1974, René Vautier a reçu un hommage spécial du jury du Film antiraciste pour l'ensemble de son œuvre.

Stéphanie Dongmo


Fiche technique

Titre : Afrique 50

Sortie : 1950, France

Durée : 17 mm

Genre : documentaire

Réalisation : René Vautier

Production : Ligue française de l'enseignement, René Vautier

Distribution : Cinémathèque de Bretagne


1 commentaire:

  1. HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE :
    lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news
    En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.

    35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


    Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

    Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net

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