mardi 7 décembre 2010

Cinéma: Bientôt un site internet pour la diffusion des films africains


C'est l'objectif d'un séminaire organisé par l'Institut Goethe de Yaoundé la semaine dernière entre cinéastes africains et européens.

“Mokolo”, c'est le nom provisoire du site. Il a été révélé vendredi dernier à l'Institut Goethe de Yaoundé, au quatrième et dernier jour du séminaire organisé par l'institution allemande pour la mise en réseau d'une plate-forme cinématrographique entre professionels africains et européens. D'après les participants venus d'Afrique du Sud, d'Allemagne, d'Ethiopie, de France, du Sénégal, du Nigéria et du Cameroun, “Mokolo” aura pour but de diffuser des films africains et européens et d'initier des échanges professionnels entre cinéastes. Il est aussi question de mettre en réseau les différents sites spécialisés dans le cinéma qui existent déjà, tels africiné, cinémaducameroun, scripthouse, ethiopianfilminitiative, onlinefilm...

Le critique de cinéma Jean-Marie Mollo Olinga a expliqué que “c'est aux Africains de s'approprier cette plate-forme qui va donner plus de visibilité au cinéma africain”. Ce à quoi Waa Musi, président de l'association Cameroon films industry, a ajouté: “C'est une ouverture pour les films africains qui font face à un problème crucial, celui de la distribution”. Ainsi, les 15 films produits en moyenne chaque trimestre au Cameroun vont trouver un public sur Internet. Et les retombées, elles, se feront sur le long terme, d'après Enrico Chiesa d'Africafilms.tv: “Tous les Africains qui ont un portable aujourd'hui seront connectés à internet demain. L'important est que nous commencions à apprendre ensemble maintenant pour être prêt demain”. En attendant, le marché que représente la diaspora africaine est à conquérir.

Thierno Ibrahima Dia d'Africiné pose quelques préalables à cette aventure: des bases juridiques claires, la transparence et la confiance. Gérard Essomba, lui, est pour la qualité des films et l'implication, aux côtés des réalisateurs, des producteurs, scénaristes, acteurs et techniciens de l'image. Sur internet, la piraterie est présente. Pour la contourner, Enrico Chiesa recommande de crypter les films et d'utiliser des logiciels qui n'acceptent pas le téléchargement.

Irene Bark, la directrice de l'Institut Goethe de Yaoundé qui joue ici le rôle de médiateur, a expliqué que ce projet, qui n'est encore qu'au stage des discussions, est “un rêve que nous voulons réaliser”. Pour le moment, aucune date n'a été avancée pour son démarrage effectif.

Note de lecture : Victimes ou bourreaux?


Dans un recueil de nouvelles, Irène Maben raconte comment, tous, nous sommes victimes de l'environnement dans lequel nous vivons.


Les douze nouvelles du recueil “Victimes” de Irène Maben, paru chez Ifrikiya en septembre dernier, ont pour dénominateur commun la perte de l'innocence. Le livre nous plonge au cœur de la pauvreté, pour raconter les mésaventures de personnages qui, à un moment ou à un autre, ont fait des choix qui ont fait basculer leurs vies.

Quelques uns méritent que l'on sy attarde: le jeune étudiant Fekak a été contraint de se livrer à des pratiques homosexuelles en échange d'une somme d'argent qui lui a servi à payer ses droits universitaires; l'héroïne de la nouvelle “Bonheur volé” a dû céder sa place d'épouse à une étrangère ; Dorine a épousé un vieux Blanc qui a essayé de la prostituer une fois en Europe ; Mboussi Emmanuel a perdu son âme en échange d'une chefferie; Hermine, déjà mère de trois enfants de pères différents, a épousé un homme qui a fini par violer ses deux filles ; le fiancé aimant de l'héroïne de “La honte de ma vie” s'est révélé être un braqueur.

La meilleure nouvelle de ce recueil est sans conteste “Une nuit en forêt”. Elle raconte l'histoire de Keedi, un vieillard qui s'est perdu en forêt. Ses yeux ont vu ce qu'aucun humain ne devrait voir, ses oreilles ont entendu des choses réservées aux esprits. Alors que tout le village attend qu'il paie de sa vie cette intrusion dans un monde mystérieux, il se voit plutôt récompensé. Une chute inattendue qui captive le lecteur, suscite en lui des émotions et, au-delà, des réflexions. Mais une chute qui manque à beaucoup d'autres textes de ce recueil.

Pour Irène Maben, tous ces personnages sont des victimes. Victimes du simple fait d'être en vie, victimes de leurs proches, victimes de la société dans laquelle ils vivent, victimes de leur pauvreté mais aussi victimes de leur cupidité. Car, Fefak aurait pu choisir d'abandonner ses études au lieu de se livrer à un homme; Mboussi Emmanuel aurait tout aussi bien pu refuser d'être fait chef de village. Le comédien américain Ambroise Bierce ne disait-il pas à cet effet que “Les victimes sont parfois aussi coupables que les bourreaux”?

L'écriture de Irène Maben est pressée, comme si, pour elle, il était urgent de vite boucler une histoire pour en écrire une autre. Certains scènes sont si vite décrites qu'elles en deviennent anecdotiques. Dans ses textes écrits de manière progressive, avec très peu de flash back, le côté psychologique des personnages est seulement évoqué, au profit des évènements extérieurs qui viennent bousculer leurs existences. Toutefois, la couleur verte de la couverture de l'oeuvre jette une touche d'espoir dans cette collection de catastrophes.

Doctorante à l'université de Yaoundé I, Irène Maben a choisi, pour sa première publication, la nouvelle, le genre par excellence des auteurs novices, qui n'est pour autant pas un genre mineur. Elle annonce pour bientôt la publication d'un roman où, on l'espère en tout cas, son écriture s'affirmera mieux.

Irène Maben

Victimes (nouvelles)

Edition Ifrikiya

Collection Proximité

Yaoundé, septembre 2010

97 pages, prix: 3000Fcfa



Humour: Un seul mot, rions seulement!


C'était le mot d'ordre de Major Asse et Valéry Ndongo, au cours du Stand up night show qu'il ont donné le 3 décembre 2010 au Ccf de Yaoundé.

Le public était là, les humouristes aussi. La représentation pouvait commencer. Comme d'habitude au Stand up night show, une floppée de thèmes étaient au programme, tant l'engagement de Valéry Ndongo et de Major Asse est grand: les détournements de fonds publics, la colonisation, les 50 ans d'indépendance, la présence chinoise, l'opération Epervier... Autant de sujets sérieux tournés en dérision pour mieux faire passer le message chez les uns et faire avaler la pilule aux autres. Le résultat était captivant, hilarant, réaliste.

Chez ces artistes, la politique et le sexe ne sont jamais loin, les histoires caustiques du “kwatt” aussi. Ainsi, Valéry Ndongo a incarné tour à tour le chef d'un gang qui braque avec “rigueur et moralisation”, pour emprunter au mot d'ordre du Renouveau ; la prostituée syndiquée qui réclame son dû après une nuit de dur labeur ; le “docta” qui vend ses produits à base de ginseng dans un bus ; le “travailleur de Dieu” qui se nourrit de la détresse spirituelle des autres.

La “copine des Camerounais”, Major Asse, a présenté un nouveau sketch. C'est l'histoire de “Pickpocket”, grand voleur devant l'Eternel, à laquelle se sont greffés d'autres thèmes: la corruption des forces de l'ordre, le dévergondage sexuel de certains prêtres et le rapport entre Blancs et Noirs. A un moment, l'humoriste a laissé la place au poète, pour déclamer des vers d'amour. Major Asse est ainsi revenu à ses premières amours, la poésie, qu'il a pratiquée au sein de La Ronde des poètes, tout comme Valéry Ndongo, avant de se faire un nom dans l'humour.

Sur scène, les promoteurs du Stand up night show étaient accompagnés de deux jeunes recrues, Christelle et Charlotte, dont les sketches portaient l'empreinte de Major Asse. En fin observateurs, Valéry Ndongo et Major Asse puisent leur inspiration dans la réalité sociale camerounaise. Si le pays vit encore “sous perfusion”, 50 ans après son indépendance, leurs personnages, eux, ont pris leur destin en main... dans un bar. Comme beaucoup de laissés-pour-compte du système, ils essayent de noyer les soucis qui, à leur grand dam, ont appris à nager. “Un seul mot, buvons seulement!” ont lancé les humouristes en choeur. Et nous, nous leur disons: “Un seul mot, continuez!”

jeudi 2 décembre 2010

Spectacle: Le Japon célèbre 50 ans de relations avec le Cameroun

Cinq artistes nippons ont donné un concert de musique traditionnelle lundi à l'Institut Goethe à Yaoundé.

C'est par un tonnerre d'applaudissements que le spectacle de musique traditionnelle japonaise, Minyou, s'est achevé lundi dernier à l'Institut Goethe de Yaoundé, aux alentours de 21h. Organisé par l'ambassade du Japon au Cameroun et la Japan foundation, il célébrait les 50 ans de relations diplomatiques entre ce pays et le Cameroun.

A l'ouverture du concert, quatre musiciens nippons, dont trois habillés en hakama japonais, et une femme vêtue d'un kimono, ont investi l'estrade. “Bon concert, on est ensemble”, a lancé la chanteuse Maya Nemoto, dans les quelques mots de français qu'elle a appris. Les artistes ont présenté les instruments traditionnels japonais avec lesquels ils allaient jouer. Puis, à tour de rôle, chacun d'eux a étalé son savoir-faire. Abe Ginzanburou, comme Maya Nemoto, a joué du shamisen (sorte de guitare) en interprétant des chansons. Senba Takayuki, lui, a fait entendre toute la richesse de ses percussions. Tagawa Tomofumi a battu le taiko (tambour), en dansant. Koshi Tsukada a le plus impressionné. Sa gorge semblait ne jamais manquer de souffle pour faire sortir des sons aigus de son shakuhachi (flûte en bambou).

Au milieu du spectacle, les musiciens camerounais invités se sont produits. Venant Ntiomo, Sylvain Mbassi et Martin Ambara ont apporté chacun son instrument (tambour, mvet, balafon) pour accompagner la chanteuse Alima. Rapprochement des cultures oblige, Camerounais et Japonais se sont mis ensemble pour interpréter d'abord un morceau beti, ensuite un morceau japonais, avec des sons souvent discordants.

D'après Keiji Yamamoto, ambassadeur du Japon au Cameroun, “ce concert est une occasion d'échanges culturels entre les deux pays. Cette année déjà, le Ballet national a donné des représentations dans plusieurs villes du Japon”.

Stéphanie Dongmo

mercredi 1 décembre 2010

Affaire Bibi Ngota : Harrys Mintya refuse le prix de la liberté d'expression

Cette distinction lui a été décernée en septembre dernier par le Canadian journalist for free expression (Cjfe), de même qu'à Serge Sabouang et Bibi Ngota.

Dans un lettre adressée hier au « président de la l'association de défense des journalistes opprimés, Montréal, Canada » (sic), avec ampliation au ministre de la Communication, Harrys-Robert Mintya Meka, directeur de la publication du journal Le Devoir, refuse le « prix de combat pour la liberté et la démocratie octroyé en mon honneur » (sic). En effet, le 7 septembre dernier, le Canadian journalist for free expression (Cjfe) a décerné le prix international 2010 de la liberté de la presse à deux journalistes mexicains, ainsi qu'à trois confrères camerounais: Harrys Mintya, Serge Sabouang et, à titre posthume, Bibi Ngota.

Carole Off, la présidente du comité d'organisation de la “soirée d'hommage au reportage courageux” du Cjfe, déclarait alors : « Les journalistes auxquels nous rendons hommage n'ont pas hésité à courir des risques pour leur sécurité personnelle afin de rapporter des histoires que le monde doit apprendre». La soirée de remise des prix s'est déroulée à Toronto au Canada le 25 novembre dernier, en présence de Thérèse Tchoubet, la soeur du regretté Bibi Ngota, et de son époux Bosco Tchoubet. En récevant le prix des trois journalistes, Thérèse Tchoubet a déclaré que ce prix “ a contribué directement à la libération de Serge et de Harris. C'est une victoire”.

Harrys Mintya qui dit l'ignorer estime qu'il ne mérite pas cette distinction: “On décerne un prix à quelqu'un lorsqu'il a combattu pour quelque chose ou posé un acte de bravoure. Moi, je fais juste mon travail de journaliste”. Il se plaint par ailleurs du peu d'information dont il dispose à propos de ce prix. Il raconte que “l'association de défense des journalistes opprimés” (sic) lui a envoyé une équipe de Canal2 international pour la réalisation d'un reportage, alors qu'il étais interné à l'hôpital Jamot de Yaoundé pour déprime. “Les reporters en question n'ont pas mis plus de cinq minutes pour le faire et, de surcroit, ne m'ont pas permis d'en savoir plus”, précise-t-il.

En rappel, Harrys-Robert Mintya et Serge Sabouang ont été mis en liberté provisoire le 24 novembre dernier. Avec leur confrère Bibi Ngota, ils avaient été écroués à la prison centrale de Yaoundé en avril 2010 à la suite d'une plainte du secrétaire général à la présidence de la République, Laurent Esso, pour faux et usage de faux. Aujourd'hui, Harrys Mintya semble pressé de tourner la page: “L'affaire est finie. Puisqu'elle a été classée, je considère qu'elle n'a jamais eu lieu”. Il n'a plus qu'un mot à la bouche: “Je remercie le président Paul Biya qui nous a libérés”.

Stéphanie Dongmo

Médias : Les misères du journalisme culturel au Cameroun


La pratique du métier bute sur de nombreuses difficultés, allant de l'amateurisme des acteurs au manque de considération au sein des rédactions.

Du 20 au 26 novembre 2010, la 18ème édition des Rencontres théâtrales internationales du Cameroun (Retic), en partenariat avec la Cameroon art critics (Camac), a organisé à Douala et à Yaoundé un atelier de formation sur le journalisme culturel, animé par Laure Malécot, journaliste culturelle française. Ambroise Mbia, le promoteur des Retic, explique qu'il est nécessaire pour la culture camerounaise d'avoir des journalistes bien formés qui savent de quoi ils parlent.

A ce propos, les artistes, premiers concernés par le travail de cette catégorie de journalistes, ne tarissent pas de critiques. « Il n'y a pas beaucoup de journalistes culturels au Cameroun », lance le musicien Roméo Dika. Il en veut pour preuve le fait que « parfois, un journaliste culturel fait des commentaires inappropriés sur un album alors qu'il n'y connaît rien ». Cette ignorance est aussi relevée par le metteur en scène Jacobin Yarro : « Les journalistes culturels n'ont pas le langage professionnel adéquat. Lire un spectacle, par exemple, veut dire qu'on est capable de décoder les codes utilisés par les artistes. Sur le plan culturel, on a besoin que les journalistes culturels se forment à la lecture des différents formes d'expression artistiques et se cultivent ». Or, jusqu'à présent, regrette-t-il, le journalisme culturel ne va pas au-delà du simple reportage classique, et aborde rarement la critique artistique.

L'absence de formation n'est pas le seul problème auquel font face les journalistes culturels. Parfait Tabapsi, le président de Camac, l'association des journalistes culturels du Cameroun, en a recensé d'autres : « Un : il y a des rédactions qui n'ont pas du tout de rubrique culture, notamment à la radio et à la télévision. Et même quand la rubrique existe, elle n'est pas toujours régulière. Deux : les gens ne viennent pas toujours en culture par passion, et l'un des combats de Camac est que les gens fassent le journalisme culturel par conviction». Justin Blaise Akono, le chef de la rubrique culture à Mutations, lui, explique que la première difficulté à la pratique de son métier est interne. Il vient du manque de reconnaissance du travail des journalistes culturels qui fait rarement la une, en dehors des polémiques. « La page culture peut sauter à tout moment pour laisser la place à la publicité. Quand on se retrouve avec deux pages au frigo, on n'est pas motivé à aller sur le terrain couvrir l'actualité », se plaint-il. Serge Edzou, directeur des programmes à Magic Fm, estime que la culture est très souvent lésée face aux effectifs insuffisants dans les rédactions.

Pour Laure Malécot, les journalistes culturels camerounais s'en sortent déjà pas mal : « ile ne sont pas aidés par le contexte au niveau du manque de matériel et du manque d'information, mais ils son prolifique. Maintenant, il faudra évoluer vers un mieux ». Et ce mieux passe par la formation. « Cet atelier nous renforcent dans notre conviction que nous sommes sur la bonne voie et nous permet d'affiner notre art. Notre souhait est que de telles initiatives se multiplient », espère Parfait Tabapsi.

Stéphanie Dongmo