vendredi 9 août 2019

Christian Lambert : Je rêve que le Cinéma Numérique Ambulant s’installe partout


Co-fondateur, avec Laurence Vendroux du Cinéma Numérique Ambulant en 2001, ce technicien français du cinéma raconte l’aventure CNA, fait le bilan des 18 années d’existence en 2019 et évalue les forces et faiblesses de ce réseau d’associations de cinéma mobile. 


Racontez-nous d’où vous êtes venu l’idée de créer une structure de diffusion de films en plein air ?
J’ai toujours été attiré par le cirque, le théâtre ambulant, la fête foraine. Faire du cinéma ambulant en Afrique est devenu une évidence lorsque j’ai travaillé sur le tournage d’un long métrage au Bénin en 1999 (Barbecue Pejo de Jean Odoutan). Les gens chez qui on tournait ne verraient jamais le film si on ne venait pas le projeter chez eux. Il fallait donc imaginer comment c’était possible, le véhicule, le groupe électrogène pas trop bruyant, l’écran; la sono, le projecteur…
Comment et pourquoi l’appellation Cinéma Numérique Ambulant ?
Pourquoi pas… On a démarré au moment où les vidéoprojecteurs et le DVD se démocratisaient sur le marché… C’était un cinéma ambulant qui diffusait en numérique. Et puis j’aimais bien l’acronyme CNA.
A 18 ans d’existence, quel bilan pouvez-vous faire du CNA ?
18 ans, c’est presque l'âge adulte. C’est l'âge légal de la majorité en France... L’idée n’était pas si mauvaise. En fait je pense qu’il y a plusieurs bilans à faire. Il y a des échecs et des réussites. La réussite, c’est le CNA Afrique, son développement, son importance. C’est le fait que si un réalisateur souhaite vraiment que son film soit vu en Afrique, le CNA peut être un  interlocuteur réel… Mais cette réussite est en soit un échec aussi. Même si on sent frémir un renouveau des salles, on est quand même très loin d’un réseau de salle bien implantées  qui pourrait offrir une offre culturelle à l’ensemble des populations.
Lorsque vous regardez le CNA aujourd’hui, quelle est votre plus grande fierté et quelle est votre plus grande déception ?
La plus grande fierté... c’est difficile à dire. Sans doute le modèle économique. Qui même s’il n’est pas parfait, porte en lui les germes d’un cercle vertueux. Mais le fait que le CNA ait 18 ans, qu’il se soit, par exemple, installé tout seul, comme un grand, en Centrafrique, c’est pas mal aussi comme fierté.
La plus grande déception? C’est pareil, difficile à dire. Il y a bien sûr de la déception vis à vis des pays où le CNA ne décolle pas, mais sinon il n’y a pas de déception, au contraire.
En revanche, il y a chez moi une inquiétude, accompagnée du sentiment de ne pas réussir à me faire comprendre. Pour moi, ce qui fait la spécificité du CNA c’est la culture, et le cinéma. Le CNA est un outil culturel. Je crains que son modèle économique ne pousse le CNA à ne devenir qu’un outil de sensibilisation et du coup, à en perdre son originalité.
La structuration du réseau repose en grande partie sur l’appui d’un seul partenaire, quels garanties pour le futur ?
La réponse est dans la question… Ce qui est vraiment structurant, c’est le CNA Afrique. Cette association qui fédère l’ensemble des CNA peut être très forte et très autonome si l’ensemble des CNA Pays se porte bien et que les cotisations sont payées. Et que tout le monde ait bien conscience que plutôt que de baisser la cotisation des pays au CNA Afrique, il vaudrait mieux tenter de l’augmenter, parce que l’avenir de chaque pays passe par l’existence et la réussite du CNA Afrique.
Alors bien sûr que c’est un équilibre subtil, difficile à trouver, entre l’autonomie des pays et le pouvoir du CNA Afrique,  mais si les responsables des CNA ont bien conscience que avant leur propre intérêt, l'intérêt du CNA c’est le cinéma, ils ne peuvent  que souhaiter un CNA Afrique fort et pérenne. C’est ce qui sera le mieux pour le cinéma africain. C’est  proche de l’économie et du marché.
Sans parler des réalisateurs, quels producteurs peuvent se satisfaire que leurs films ne soient pas ou mal distribués ? Plus le marché sera vaste mieux le cinéma africain se portera et par ricochet, le CNA aussi. Pour finir, le CNA Afrique n’a pas un seul partenaire. Il en a autant que de pays ou le CNA est présent. 
Le CNA France, qui menait nombre d’activités par le passé, semble aujourd’hui s’être essoufflé. Pensez-vous lui donner un nouveau souffle ?
Je ne pense pas du tout ça. Il y a eu deux directions dans les actions du CNA France. Des actions en Afrique et des actions en France. Le CNA Afrique a été créé en 2009 pour justement être la structure qui à terme remplacerait le CNA France et son “expertise” pour son action en Afrique.  Donc là on ne peut pas vraiment parler d'essoufflement mais plutôt de transfert de flambeau.
En ce qui concerne les activités en France, elles sont effectivement très ralenties voires inexistantes. Il y a de très nombreuses raisons qui seraient trop longues à détailler, mais rapidement on peut citer l’usure du bénévolat et  juste dire que la situation de l’industrie du cinéma et  son exploitation n’ont strictement rien à voir avec la situation en Afrique. Il ne manque pas de salle de cinéma en France. L’utilité de la structure de projection du CNA est beaucoup moins évidente en France qu’en Afrique. A l’origine, les activités du CNA en France étaient censées médiatiser les activités en Afrique. Aujourd’hui les outils de la communication, les réseaux sociaux, le site web sont gérés par le CNA Afrique.
D’autre part, pour un projet enthousiasmant, la tournée du CNA dans les villages de Corse, par exemple, ou le partenariat avec Attention Chantier pour le Festival de films dans les foyers de travailleurs migrants, combien d’animations, d’activités socio-culturelles un peu plates qui sont certes très bien et très louables mais qui ne sont pas du tout “mon truc”. Ceci dit, si quelqu’un se présentait au CNA France avec un projet réellement motivant, pourquoi pas… Enfin  ce qui  me motive, à titre individuel, c’est de travailler à la création de structures CNA dans de nouveaux pays. La Mauritanie, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Congo et bien d’autres nous tendent les bras.
18 ans après, certaines associations Cna sont très fortes et d’autres, très faibles. D’après le bilan de votre action publié en janvier 2019, on constate qu’un Cna comme celui du Burkina a réalisé près de 430 séances de cinéma alors qu’un autre, le Togo en l’occurrence, n’en a fait qu’une dizaine. Comment expliquer cette grande disparité ?
C’est extrêmement simple. Ce sont des problèmes de personnes. Quand l’association est dirigée de manière dynamique et avec compétence, le CNA va bien. Quand ce n’est pas le cas, il va mal… Le principe du cinéma ambulant peut fonctionner partout. Au Togo comme au Bénin, comme au Mali ou au Niger.
L’avantage de l’association, c’est que si les dirigeants sont incompétents, l’AG peut les débarquer. C’est pour ça qu’on peut toujours avoir de l’espoir pour les CNA en difficulté. Sous l’impulsion de Joël Tchedre, s'il ne se fait pas tirer dans le dos,  je sais que le Togo redémarrera.
Quel est aujourd’hui l’apport du Cna dans le développement des cinématographies d’Afrique ?
Le CNA apporte une possibilité de voir les œuvres des réalisateurs à des millions de spectateurs. Ce n’est pas encore bien percuté par tout le monde. Mais le jour où un producteur distributeur décidera de travailler avec le CNA Afrique pour que son film sorte partout, le même jour sur tous les écrans du CNA, avec la campagne médiatique qui va bien autour, cela fera un énorme buzz, dont tout le monde retirera les bénéfices.
Pendant longtemps, il y a eu des débats sur le modèle économique du Cna. Beaucoup de cinéaste ont critiqué le fait que le Cna offre un cinéma non payant, dans un contexte où il faut éduquer le grand public à devenir co-producteur des films. Aujourd’hui, avez-vous le sentiment qu’ils vous ont compris ?
Sincèrement, je ne sais pas. Je l’espère. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de conversation à ce sujet. Ce dont je suis sûr, c’est que le cinéma est en danger. Si le public potentiel continue à ne pas voir de cinéma de manière collective, dans des conditions techniques qui cherchent l’excellence, le cinéma disparaîtra, remplacé par le visionnage de séries  ou de clip plus ou moins médiocres et vite faits sur des téléphones portables. Ce sera autre chose. Ce ne sera pas du cinéma. D’ailleurs, ça deviendra peut-être inéluctable. C’est un choix politique  à faire. Le choix et la responsabilité sont politiques, au sens noble du terme. Je ne crois pas que dans un avenir proche, la réouverture des salles puisse créer rapidement un réseau fiable et efficace de distribution et dans cette attente, le cinéma ambulant permet d’entretenir la flamme, à moindre coût. Il faut que l’ensemble des acteurs concernés (le public, les cinéastes, les hommes et femmes politiques) le veuille.
Quel avenir rêvez-vous pour le CNA ?
Tout est imaginable. Je rêve évidemment que le CNA grandisse et s’installe partout, là où les salles de cinéma manquent. Et que l’ensemble des acteurs concernés recherche inlassablement les moyens de renforcer le réseau de cinéma ambulant qui pourrait devenir ainsi un vrai réseau de distribution. 
Propos recueillis par Stéphanie Dongmo  

Critique : Le génocide rwandais au théâtre


La pièce « Compassion. L’histoire de la mitraillette » du metteur en scène suisse Milo Rau a été représentée le 11 juin 2018 à Braunschweig, Allemagne, dans le cadre du Festival TheaterFormen. Dans un réalisme qui rappelle le documentaire, cette pièce donne libre cours à une histoire à la fois vécue et imaginée avec des comédiens qui rendent la scène vivante, malgré un déséquilibre prononcé dans la distribution des rôles.


 En entrant au théâtre pour assister à la dernière représentation de « Compassion. L’histoire de la mitraillette », j’étais loin de me douter de ce qui m’attendait. Tout juste avais-je parcouru les deux phrases de présentation en anglais dans le catalogue du festival, à défaut de pouvoir lire l’allemand. Grand bien m’en fit ! J’aime découvrir les pièces sur scène, sans influence.
J’ai commencé par regarder la scène avec étonnement. Un bric à brac d’objets jonche le sol, les uns plus vieux et inutiles que les autres : canapé noirci, branches d’arbres, sachets plastiques, poupées, chiffons, pneus, vêtements usagés.... En un instant, cette scénographie me transporte dans un lieu désolé où les ruines ont succédé au chaos.
Assise dans un coin, dans une demi-pénombre, une jeune femme noire prend la parole face à une caméra posée sur un trépied. Son visage apparaît en gros plan sur un écran, comme pour mieux la rapprocher du public. Je peux alors distinguer son visage fin, ses cheveux courts qui n’auraient pas refusé un coup de peigne, la fine boucle qu’elle porte au nez. Elle s’appelle Consolate Sipérius, mais je préfère le nom par lequel plus personne ne l’appelle, Ndaysaba. Son histoire qu’elle veut bien nous raconter est tragique. A 4 ans, elle a vu ses parents se faire tuer dans le génocide rwandais. A 6 ans, elle débarque en Belgique, adoptée par un couple de Blancs.
Un second personnage entre en scène. Une femme, blanche, blonde, mince. Assise sur une chaise haute ou debout marchant sur les ruines, elle veut aussi bien nous raconter son histoire dans un monologue qui occupe 70% de la pièce. Habillée d’un bleu qui rappelle le drapeau de l’Union européenne, elle s’adresse à l’Occident. Elle ne s’émeut pas devant la photo du corps sans vie sur une plage d’un enfant syrien qui a bouleversé l’Europe en 2015. Non, elle en a vu de pires. En 1994, alors qu’elle n’a pas 20 ans, cette Suisse s’engage dans une Ong qui l’envoie dans la région des Grands lacs. Le conflit éclate. Sa position de femme blanche l’épargne de la mort mais pas de l’horreur. Bilan du génocide, des millions de morts. Une histoire connue. Qui, au-delà de cette tautologie, a le mérite de rappeler que tous les hommes ne se valent pas. Elle s’en sort avec aucune égratignures alors qu’autour d’elle s’entassent des milliers de morts.
L’histoire se raconte en deux dimensions. Au premier degré, Consolate Sipérius témoigne de sa propre histoire en introduction et en conclusion. Au second degré, Ursina Larsi interprète un rôle qu’elle porte avec tellement de réalisme qu’on en est bluffé, malgré la longueur du texte. Les deux monologues se rejoignent entre le Burundi, le Rwanda, le Zaïre devenu RD Congo et l’Europe. Le théâtre est réel. Sur cette scène, il est vivant, au point de choquer.
La pièce « Compassion » est une charge violente contre la fausse compassion occidentale qui s’indigne pour un mort et se tait pour des millions d’autres. Une indignation éphémère qui s’évanouit dans le fil d’actualité et sert à rassurer la bonne conscience occidentale face au colonialisme et au néocolonialisme. C’est cette compassion corrompue par les médias qui a poussé les parents belges de Consolate à l’adopter. Une compassion, somme toute faite de bons sentiments, mais qui se laisse corrompre et  influencer par les médias. Le doigt accusateur est volontairement pointé sur l’Europe. Ces millions de morts ont une raison : les richesses, le confort, la culture qu’ils rendent possible.
Le début d’un processus
Milo Rau travaille sur des projets plutôt que sur des spectacles. Un an après avoir créé la pièce « Compassion », il a tourné le documentaire « Le tribunal sur le Congo » sorti en 2017. Il part du génocide rwandais pour montrer les causes et antécédents d’une des guerres économiques les plus sanglantes de notre histoire. Il institue pour le film un tribunal du peuple et réunit les victimes, les bourreaux, les témoins et les experts et fait juger trois cas. Là où la politique a échoué, Milo Rau apporte le théâtre pour faire réparation.
Cet acte de réparation passe par la reconnaissance de la souffrance d’autrui et le devoir de vérité. Alors, les millions de victimes des richesses des sous-sols de l’Afrique centrale pourront peut-être trouver la paix, dans cette vie ou dans l’autre. Dans ce devoir de vérité, il met en lumière le rôle trouble des Organisations non gouvernementales (ONG), l’un des effets pervers de l’aide internationale.
L’histoire africaine est là, une fois encore, racontée grandement par les autres. Le témoignage de Consolate apporte une caution morale à la pièce. Mais il laisse au spectateur le sentiment qu’il est en dehors de la pièce, comme s’il n’avait pas été prévu au départ. « Confession »  aura au moins permis à Consolate de commencer à se regarder comme une femme noire, elle qui avoue avoir vécu dans le déni jusqu’à un passé récent. Elle envisage un workshop qui va durer deux ans à partir d’octobre prochain. En privé, cet atelier devrait l’aider à se réconcilier avec son histoire, de retourner au Burundi et de faire son deuil, loin des canapés de psy. En public, il va produire une œuvre sur la souffrance, la résilience et l’identité. Une guérison nécessaire pour que Consolate retrouve Ndaysaba, afin de cesser d’être cette feuille dans le vent qui essaie de s’accrocher à une branche dont la sève ne peut la nourrir.
Stéphanie Dongmo

Fiche technique
Conception, texte et mise en scène, Milo Rau
Avec Ursina Lardi et Consolate Sipérius

mardi 5 juin 2018

Chronique : des écrits sur les taxis


A Yaoundé, capitale du Cameroun, les taximen ont trouvé un moyen assez original de partager leurs pensées et leur vision du monde. 

C’est une chose incontournable : les écrits sur les taxis à Yaoundé. Inscrits sur les pare-brise ou pare-chocs arrière des véhicules, ils nous offrent un peu de lecture dans les embouteillages.
Il y en a de tous les types et pour tous les goûts. Certains textes appellent à la prudence, en rappelant le code de la route. Du genre « Respectez la distance de sécurité », « Attention à mes fesses », ce qui peut faire sourire. On trouve aussi des réflexions universelles : « L’homme c’est sa parole ».  
Sur les taxis de Yaoundé, il y a aussi des remerciements, adressés à la personne qui a aidé à acquérir le véhicule : un tonton, une maman, ou une communauté. L’amour n’est pas en reste, avec des « Je t’aime chérie », « Amour de ma vie ». Et le désespoir n’est jamais loin. J’ai été particulièrement surprise de cette inscription : « Sophie, méchante femme ! » Et on peut aisément imaginer le dépit de notre taximan.

Dans la circulation, on peut encore lire des coups de gueule : « Les jaloux vont maigrir », ou des messages carrément misogynes, du genre « Qui dit bonjour à la femme dit au revoir à l’argent ». L’actualité est bien présente, avec des « Yes we can », « Opération Epervier », du nom de cette campagne de lutte contre la corruption en cours au Cameroun. Dieu occupe la première place. Des versets bibliques et des prières appellent à la foi et à l’espérance.
En fait, pour mettre un taxi en circulation, le propriétaire a l’obligation légale d’inscrire sur la voiture des informations comme le nombre de places et le numéro de portière. Il va donc chez le sérigraphe et en profite pour commander des messages personnels. C’est parfois le sérigraphe qui propose des formules, et les prix varient entre 3000 et 5000Fcfa, selon la longueur du texte. 

Dans un pays bilingue comme le Cameroun, vous imaginez bien que non. Les textes sont en français, en anglais, en pidgin english et même en langues locales. Le taxi devient ainsi une tribune où on peut exprimer sa pensée, son rapport à l’autre, sa spiritualité, ses joies mais aussi ses peines. On communique avec les autres sans nécessairement entrer en dialogue. Ce phénomène est visible dans d’autres villes comme Douala et Limbé, mais aussi dans d’autres pays d’Afrique, à l’exemple de la Côte d’Ivoire.

Centrafrique : Un Cinéma Numérique Ambulant est né


Cette association qui a pour but la diffusion des films d’Afrique arrive dans un contexte de crise et compte œuvrer à la promotion du vivre-ensemble harmonieux entre les communautés centrafricaines.
Le Conseil d'administration du CNA RCA.
Le samedi 21 avril 2018 a vu la création du Cinéma Numérique Ambulant (CNA) Centrafrique. L’Assemblée générale constitutive de cette association s’est déroulée au Centre national des arts et de la culture de Bangui, en présence d’une quinzaine de participants, sous l’égide du ministère des arts, de la culture et du tourisme. Serge Wilfried Mbilika, réalisateur et producteur, a été élu président de cette association.
La création du CNA Centrafrique est l’aboutissement d’une mission du CNA Afrique, structure de coordination de l’ensemble des Cinéma Numérique Ambulant à Bangui. Cette mission, menée du 15 au 21 avril par le burkinabé Wend-Lassida Ouédraogo et la camerounaise Stéphanie Dongmo, respectivement coordonnateur et chargée de communication du CNA Afrique, avait pour but de rencontrer les autorités centrafricaines et de sensibiliser des partenaires potentiels à ce projet.
Les autorités centrafricaines ont accueilli favorablement l’installation du CNA en RCA. Deux accords de coopération ont été signés avec le ministère de la communication et des médias d’une part, et d’autre part avec le ministère des arts, de la culture et du tourisme. Le CNA s’est engagé à travailler aux côtés du gouvernement centrafricain pour promouvoir la paix, dans un contexte politique de crises récurrentes.
De nombreux défis à relever
Wend-Lassida Ouédraogo explique que l’association a été créée mais beaucoup reste à faire : recruter du personnel, les former, acquérir un véhicule, du matériel, constituer une équipe mobile et démarrer des activités : des projections cinématographiques et des réalisations vidéo pour participer à l’éducation des populations à l’image et par l’image, en tenant compte du contexte politico-social. De plus, le CNA RCA se créé sans appui financier. Le premier défi est donc de trouver le financement nécessaire pour mettre en œuvre ces activités.
Pour Serge Mbilika, le travail du CNA sera d’une importance capitale en RCA : « dans la mesure où une image vaut mille mot, nous voulons réaliser des films qui mettent en valeur le vivre ensemble qu’on va diffuser en milieu rural mais aussi en ville. Déjà, on n’a que la télévision nationale pour véhiculer des messages et même à Bangui, la télé n’est pas accessible à tout le monde, il y a le problème d’électricité. Si, avec une méthode de travail appropriée, on arrive à montrer dans un film une famille musulmane et d’une famille chrétienne qui vivent en paix, en rappelant la manière avec laquelle on vivait avant, on peut conscientiser la population et pacifier notre pays ».

Créé en 2001, le réseau Cinéma Numérique Ambulant est un réseau international d’associations de cinéma mobile dont l’objet est la diffusion itinérante et en plein air des films du patrimoine cinématographique africain principalement. Ce faisant, le CNA diffuse des documents audiovisuels destinés à sensibiliser les populations sur les graves problèmes de santé, d’éducation, de citoyenneté, de paix et sécurité, de développement qui se à elles. Le CNA est aujourd’hui installé dans neuf pays : Burkina Faso, Bénin, Cameroun, France, Niger, Mali, Togo, Sénégal et Centrafrique.
Ashley Tchameni

vendredi 2 mars 2018

Roméo et Juliette… assez !


C’est le titre de l’ouvrage que vient de commettre le metteur en scène et dramaturge Martin Ambara aux éditions Proximité.

La cérémonie de dédicace de se livre se tient le vendredi 09 mars 2018 à 16 heures à OTHNI- Yaoundé sis à Titi Garage, entrée face Fédération de Nambudo. Il est prévu aussi la présentation d’un extrait de la pièce sous la direction d’Ousmane Sali, metteur en scène et comédien.
 Cet ouvrage met en débat la question cruciale d’une esthétique théâtrale africaine, aujourd’hui. N’est-il pas temps de décoloniser, de désoccidentaliser les imaginaires et pratiques théâtrales en Afrique ?


Né le 11 février 1970 à Yaoundé, Martin Ambara est comédien, metteur en scène, conteur et dramaturge. Il est l’auteur de plusieurs textes parmi lesquels « L’Epique des héroïques » et « Les Osiriades S.G.2.1. » Il est aussi le promoteur de OTHNI.

Roméo et Juliette (Romeo and Juliet) est une tragédie de William Shakespeare. Écrite vers le début de sa carrière entre 1591 et 1595, elle raconte l'histoire de deux jeunes amants dont la mort réconcilie leurs familles ennemies, les Montaigu et les Capulet. La pièce s'inscrit dans une série d'histoires d'amour tragiques remontant à l'Antiquité.
Dans l’histoire du théâtre et du cinéma, cette pièce a été reprise et adapté des millions de fois. L’Afrique n’a pas échappé à ce phénomène. Plusieurs metteurs en scène ont proposé des adaptations de cette pièce. Au cinéma aussi, Roméo et Juliette s’est imposé. Le dernier film connu était « Julie et Roméo » du Burkinabé Boubacar Diallo.

Le livre de Martin Ambara, « Roméo et Juliette… Assez ! », a donc pour but d’interpeller sur l’urgence d’une décolonisation de la pensée, et une esthétique théâtrale africaine propre.

Stéphanie Dongmo

samedi 24 février 2018

Cinéma : Le Brésil se donne à voir à Yaoundé


Reportage à la soirée de lancement de la 3ème édition de la Semaine du cinéma brésilien qui s’est tenue du 7 au 11 février 2018, à l’initiative de l’Ambassade du Brésil au Cameroun et du Cinéma Numérique Ambulant.



Yaoundé, 7 février 2018, 19h. Le jour s’en va timidement en traînant des pieds, poussé à la porte par une nuit impatiente d’avoir trop attendu son départ. A Bastos, à la résidence du Brésil, l’équipe du Cinéma Numérique Ambulant (CNA) pousse un ouf de soulagement, elle qui a choisi d’installer ses activités à la faveur de la nuit. La cérémonie de lancement du Festival du cinéma brésilien peut enfin commencer.

A l’écran, d’abord les bandes annonces des trois films brésiliens de l’édition 2018 : « Central do Brazil » et « Abril despedaçado » de Walter Salles, et « Vida de menina » de Helena Solberg. La piscine projette ses reflets bleus sur l’écran. Assis tout autour, des femmes et des hommes tirés à quatre épingles, rivalisant d’élégance dans leur tenue. Paul Biffot, l’ambassadeur du Gabon par ailleurs doyen du corps diplomatique est là, de même que quelques personnalités. La voix envoûtante de Rose Munjongue, l’animatrice de la soirée, donne envie de rester plus longtemps.

Cela nous conduit aux discours, deux plus précisément. Le premier est prononcé par Mariana Madeira, chargée d’Affaires de l’Ambassade du Brésil au Cameroun. Elle assure l’intérim entre l’ancien ambassadeur aujourd’hui en mission au Japon, Nei Futoro Bittencourt, et le nouvel ambassadeur Vivian San Martin attendu au cours des prochains mois. Elle s’est attardée sur la coopération culturelle entre le Cameroun et le Brésil qui, aujourd’hui, montre un grand potentiel à exploiter : « Il existe quelques similitudes avec le cinéma camerounais que j'ai remarqué, les thématiques basées sur les réalités sociales et une forte influence des télénovelas ».

Stéphanie Dongmo, la présidente du CNA, a remercié l’Ambassade du Brésil au Cameroun pour cette marque de confiance renouvelée : « En soutenant le Cinéma Numérique Ambulant, vous permettez à une organisation culturelle de survivre. Car c’est de cela qu’il s’agit encore malheureusement, de survie, dans un contexte de paupérisation et de grande fragilité des initiatives culturelles. Aucun apport n’est à négliger. Ce soutien nous permet de faire un pas de plus dans la structuration de notre association et la pérennisation de nos activités ».

Après les discours, place au cinéma. Le film d’ouverture, « Central do Brasil » (Brésil central) de Walter Salles nous a amené à la découverte du Brésil profond, sur les traces d’un garçon de neuf ans qui voit sa mère mourir tragiquement et qui se lance à la recherche de son père. Un Brésil pauvre, illettré et croyant à l’extrême, loin des lumières et du carnaval de Rio de Janeiro. Le parcours de ce garçon est non seulement un voyage, mais aussi un cheminement intérieur pour se découvrir, faire la paix avec soi-même pour pouvoir être en paix avec les autres.

Dans les jardins de la résidence, un buffet a été installé. La  caipirinha, cocktail le plus consommé au Brésil et petite star de la soirée, coule à compte-gouttes, il faut s’aligner pour pouvoir accéder au précieux breuvage. Petit à petit, les spectateurs désertent la salle de cinéma en plein air pour s’installer là où on a besoin que de l’odorat et du goûter pour juger d’une œuvre d’art. De petits groupes se forment. Ici, les journalistes culturelles, copines des 400 coups. Là, les amoureux des films d’animation. Le dénominateur commun de ces groupes ? Le verre à la main et les rires stridents, le bar a fait son effet.
Heureusement qu’il y a encore des inconditionnels du cinéma. Eux savourent le film jusqu’à la dernière goutte, jusqu’à la disparition des derniers textes du générique. C’est encore eux après qui commentent le film. Leurs phrases sont pleines de superlatifs. Beaucoup ne jurent plus que par le cinéma brésilien, qui vient de recruter de nouveaux adeptes.  

Ashley Tchameni