vendredi 9 août 2019

Chronique : Mariées - célibataires

Crédit photo: Marvin Vounkeng

Connaissez-vous les femmes mariées et pourtant célibataires ? Il s’agit de femmes mariées, traditionnellement, légalement et même religieusement,  mais qui vivent seules leur vie de couple, parce que leurs maris sont allés chercher un avenir meilleur à l’étranger.
Il y a aussi des hommes de la diaspora qui reviennent au pays, épousent des femmes qu’ils laissent derrière eux en repartant vers des destinations que les épouses sont rarement invitées à visiter. Parfois sans nouvelles, les femmes ne savent pas si leurs maris sont morts, ou s’ils sont encore en vie. Les plus chanceuses reçoivent régulièrement des nouvelles et de l’argent pour faire tourner leur foyer.
La vie d’une mariée-célibataire se résume à une longue attente. Certains hommes reviennent de temps à autre, pour une petite visite, une fois tous les deux ans, tous les cinq ans... Le temps de voir le petit dernier, né après leur départ, et de laisser la preuve de leur passage, qui naîtra neuf mois plus tard.  D’autres hommes finissent par se marier à nouveau à l’étranger, sans divorcer du premier mariage.
Les femmes, elles, attendent ; elles attendent la visite du mari, elles attendent le jour où il aura les moyens ou la volonté d’engager une procédure de regroupement familial ; elles attendent encore le retour définitif du mari.
S’il arrive que le mari revienne s’installer au pays, la femme doit faire face aux contraintes du mariage, aux exigences d’un mari qui ne comprend pas la trop grande indépendance de son épouse. Ces couples ne se connaissent plus vraiment, voire ne s’aiment plus. Le couple a alors le choix entre réapprendre à s’aimer, se supporter ou se séparer.
C’est une situation qui peut être d’autant plus difficile que, lasses d’attendre, certaines femmes ont fini par prendre des amants. Situation parfois trahie par un ventre qui s’arrondit, alors que le mari est absent depuis des années. Un délit d’adultère dont tout le quartier peut témoigner.
Stéphanie Dongmo

Chronique : Des concours de beauté pour femmes rondes


Alors que les régimes minceur n’ont jamais eu autant de succès qu’aujourd’hui, il y a des concours de beauté qui rament presque à contre-courant.

Dans les années 2000 à Douala, nous avons eu l’Election Miss Mama Kilos et, depuis trois ans, nous avons à Yaoundé, le concours Miss ronde et belle Cameroun. Son slogan ?  « Je suis ronde, belle et je m’assume ».
Comme son nom l’indique, Miss ronde et belle est réservée aux femmes ayant des rondeurs, à partir de 89 Kilogrammes. Après, il y a aussi des critères d’âge : de 18 à 32 ans. Et des critères de taille, 1m70 au minimum. A la grande finale de la compétition le 30 décembre dernier, 20 candidates ont défilé devant un jury en tenue de ville, tenue traditionnelle, robe de soirée et maillot de bain.
Le but clamé de ces concours est de décomplexer les femmes corpulentes. Il s’agit de les aider à avoir confiance en elles et de sensibiliser le grand public aux discriminations dont souffrent les personnes en surpoids.
En général, ces concours distinguent rondeurs et obésité, l’obésité étant une maladie. A Miss ronde et belle, l’un des critères de sélection est d’avoir un ventre plus ou moins plat. D’ailleurs, Dorette Bouwe Ndjiele, l’organisatrice, affirme mener un combat contre les pathologies liées à l’obésité, à l’exemple de l’hypertension artérielle.
D’autre part, Pendant leur stage, les candidates sont amenées à faire du sport. Elles bénéficient aussi des conseils d’un diététicien pour améliorer leur alimentation. Et ces concours ont le mérite d’alimenter  le débat sur les critères de beauté, d’autant plus que la minceur n’est pas le seul critère de beauté.  Au Cameroun, on préfère même des kilos en trop qu’en moins.
Sur les réseaux sociaux en particulier, les pages dédiées aux femmes fortes se multiplient. Ce sont des espaces où la parole se libère sur le mal être que procure le surpoids ; sur l’obésité, la sexualité, la féminité, mais aussi... sur les régimes amaigrissants.  
Stéphanie Dongmo

Chronique : Manger à Cannes sans le sou


Du 14 au 25 mai, la 72ème édition du Festival de Cannes a battu son plein. Tout le monde n’y est pas logé à la même enseigne. A côté des invités prestigieux et des stars qui roulent carrosse, il y a des professionnels et cinéphiles modestes qui comptent, malgré tout, profiter du festival. Nous partageons avec nous quelques astuces pour économiser sur les repas.

Pour les personnes obligé de compter chaque sous, point n’est besoin d’un gros budget pour passer un bon festival. Pour cela, il faut commencer par oublier les restaurants sur la Croisette. Il vaudrait mieux lorgner du côté du Burger du coin. Si là encore on en a pas les moyens, alors il reste la solution gratuite : Manger lors des cocktails et des soirées.
On peut donc manger pendant les 12 jours que dure le festival sans rien débourser.  En journée, je vous conseille le Village international qui, cette année, accueille plus de 60 pays. Que ce soit côté Riviera ou côté Panthiero, tous les jours, dès 10h, des pavillons offrent des cocktails ouverts au public. C’est souvent à la suite de conférences, de manifestation de promotion de projets, auquel vous n’êtes pas du tout obligé de participer. En soirée, il suffit de se débrouiller pour dégoter une invitation pour participer à des soirées privées ou à des cocktails dînatoires.
Le schéma d’une journée gastronomique et ordinaire à Cannes serait celui-ci : A 10h, petit déjeuner un peu tardif au Pavillon international des scénaristes, suite à un master class. A 13h, déjeuner au Pavillon des cinémas du monde en l’honneur du film Atlantique de Mati Diop, en compétition officielle. Au menu, poulet et frites, le tout arrosé de bisap et de jus de gingimbre. A 15h : Cocktail au Pavillon de l’Ouzbékistan avec un accent particulier sur le fromage et le chocolat. 20h, soirée Thailandaise au Carlton. A 23h, on peut clôturer sa journée à la soirée France Télévision où le champagne coule à flot. Tout un programme !
On a en plus la possibilité de faire du tourisme culinaire, tout en restant sur place, de la Suède à la Dominique, du Japon à Equateur, du Sénégal à la Russie. Et on repart de Cannes 12 jours après, toujours aussi fauché mais avec des kilos en plus.
Stéphanie Dongmo

Analyse : Quand le cinéma pénètre en brousse

Réfléchir à la pertinence ou aux trajectoires du Cinéma Numérique Ambulant (CNA) peut faire penser à cet important ouvrage de Jean-Marc Ela : Quand l'État pénètre en brousse. Les ripostes paysannes à la crise (Karthala, 2000). Dans cette publication, le théologien analysait l’inventivité et les stratégies de survie des paysans africains face à l’échec des idéologies décalées et inopérantes de développement. Souvent pensées par des organismes multilatéraux, elles étaient mal déployées sur le terrain par des élites politiques urbaines prédatrices et en déphasage total avec la vie des paysans qui constituent, avec les jeunes, la majorité des populations. Il convient peut-être, avant de revenir au travail abattu par les équipes du CNA sur le continent, de relever quelques éléments d’appréciation de ce rapport entre l’État, le cinéma (colonial) et la brousse. Par Alexie Tcheuyap, Université de Toronto.


 Un contexte défavorable
C’est connu, le cinéma comme institution culturelle en Afrique est né avec les jeunes États après les indépendances. Avec les grands enthousiasmes suscités par l’avènement à une certaine autodétermination, les multiples ministères de la culture, dont la mission était souvent d’exalter les nouveaux autoritarismes, ouvraient des directions du cinéma dont la fonction principale était de financer la production locale. Selon Olivier Barlet (Cinémas d’Afrique noire, 1997), pendant les années d’explosion économique, la Côte d’Ivoire avait bien plus de 70 salles de cinéma. Le Mali en avait 20, le Congo 14, une trentaine au Cameroun, 7 en Namibie et 15 en Guinée Bissau. Dans ces contextes de monopartisme, les gestions frauduleuses et désordonnées ont non seulement donné lieu à la production d’un certain « cinéma politique » exaltant les missions des partis uniques et des guides providentiels de pacotille, mais aussi rapidement montré les limites d’un système où, en l’absence d’une politique culturelle pensée et cohérente, le cinéma ne pouvait survivre. Le Cinéma camerounais en crise (Paris, L’Harmattan, 1987) de Guy Jérémie Ngansop ou Production cinématographique et parti unique. L’exemple du Congo (Paris, L’Harmattan, 1992) de Sébastien Kamba montrent bien les limites et les dangers des « États-cinéastes ».
Avec la crise économique des années 80, les États s’appauvrissent brutalement, et les institutions culturelles mal pensées et tenues sous perfusion sont les premières à être victimes des ajustements structurels. Au Cameroun, le Fond de développement de l’industrie cinématographique (FODIC) et, au Congo, l’Office national du cinéma font brutalement faillite. Sur le continent, les salles ferment les unes après les autres.  Selon Olivier Barlet (Les cinémas d’Afrique des années 2000. Perspectives critiques Paris, L’Harmattan, 2012), l’Afrique subsaharienne compte à peine une vingtaine de salle. Le chiffre inclut le Burkina Faso qui a lui seul en comptait 12 en 2013. Avec la construction des salles Canal Olympia au Cameroun et au Burkina Faso depuis quelques années, le groupe français Bolloré a pris l’option rare d’intervenir dans un secteur où ne s’impliquent pas souvent les grandes multinationales installées sur le continent. Si quelques salles ont été rouvertes dans certains pays, on ne peut vraiment dire qu’il existe une véritable infrastructure comparable à ce qui existait avant les difficultés économiques. Voilà dans quelles conditions après quelques décennies de productions diverses, l’industrie cinématographique en Afrique subsaharienne est marquée par une singularité: du fait des nouvelles facilités technologiques, il se produit en masse des séries télévisuelles, des films et des documentaires dans pays ne disposant d’aucune salle. Joli paradoxe. Et c’est dans ce contexte qu’on peut mieux situer l’émergence et le rôle du CNA.

Depuis presque vingt ans, le CNA s’est assigné une mission culturelle autrefois dévolue à l’État : rapprocher les populations rurales du grand écran. Cela arrive dans un contexte où, il faut le dire, la télévision et, désormais, les tablettes et autres téléphones intelligents ont envahi les ménages. Et où les téléséries sont non seulement les genres les plus populaires, mais aussi les plus produits par les télévisions locales. Bien plus, beaucoup d’entre elles sont disponibles gratuitement sur YouTube. C’est donc dire que l’offre du CNA, qui a commencé dans un contexte de vide cinématographique, est désormais concurrencée par d’autres acteurs culturels. Mais au vu de son mode d’opération, comment ne pas rapprocher les projections du CNA du contexte colonial?

L’emploi du cinématographe par l’explorateur peut produire sur l’indigène d’Afrique Noire et de bien d’autres contrées à faciès moins foncés des effets d’impression escomptés par Viator. A condition toutefois que les films soient soigneusement choisis pour l’amuser et non pour le terrifier. Il n’est qu’une façon sûre de désarmer le primitif : le faire rire...[…] (Pierre Haffner, 1995 : 83. Je souligne)[1]

Mais ce « retour à l’écran » dans les contrées lointaines est la seule proximité entre le cinéma colonial et le CNA. Il faut le rappeler, avant l’invasion des petits écrans dont il reste difficile de mesurer l’impact, les contrées reculées des pays africains étaient devenues de véritables déserts cinématographiques. Mais depuis quinze ans, le CNA a réconcilié de nombreuses populations rurales non seulement avec les images, mais plus spécifiquement, avec leurs propres images. Contrairement au cinéma colonial psychologiquement toxique, les films projetés par le CNA
au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en France, au Mali, au Niger, au Sénégal, au Togo  et, depuis peu, en République centrafricaine, sont des films produits par les Africains au sujet des Africains et, on pourrait aussi le dire, pour les Africains. Or, c’est connu, pour les raisons infrastructurelles mais, aussi, de ce qui est souvent perçu comme une piètre qualité technique et, aussi, du fait de son militantisme agressif potentiellement aliénant, les cinéphiles africains voyaient très peu des films de réalisateurs du continent. On se souvient très bien de cette réaction d’Essomba Tourneur dans Le Complot d’Aristote de Jean-Pierre Bekolo qui dit qu’il ne regarde pas les films africains « because they are all shit – parce que c’est de la merde ». On peut aussi rappeler Caramel, ce film de Henri Duparc qui met en scène un responsable de salle contraint de fermer parce que personne ne vient regarder des films ennuyeux. Dépité, il écrit sur son véhicule : « le cinéma c’est le rêve »

Le CNA, diffuseur majeur en Afrique
C’est donc cette capacité, ce droit, ce retour au rêve que permettent les équipes du CNA dans une quinzaine de pays du continent depuis presque vingt ans. Ils le font depuis lors suivant un modèle unique : négocier des accords de partenariat avec divers organismes qui leur permettaient de diffuser les films commandés par leurs sponsors. En contrepartie, le CNA en profite pour montrer aux populations rurales des films qu’autrement ils n’auraient jamais eu l’opportunité de regarder. Lorsque le cinéma « revient en brousse » avec le CNA, contrairement au cinéma colonial, c’est pour montrer aux populations rurales des images dans lesquelles elles se reconnaissent. À voir les résultats de leurs descentes sur le terrain, il est évident que les résultats sont probants. Sur l’ensemble des réseaux CNA du continent, leurs rapports indiquent une moyenne annuelle de 1200 séances de projection, des centaines de localités visitées, des centaines de films diffusés, pour un public estimé à plus de 300 000 spectateurs. Depuis 2001, si on fait un calcul simple, il est évident que cette mesure de l’engouement cinéphilique est de loin mieux que tout ce qui est imaginable dans un contexte où l’État a abandonné le cinéma et la production d’images. Il serait d’ailleurs intéressant, à ce titre, d’effectuer une sociologie des publics que le CNA réussit à atteindre. Si on peut à juste titre penser que l’association est le « diffuseur des pauvres » dans les villages sans importantes ressources matérielles et où les besoins les plus élémentaires restent liés à la survie quotidienne, on peut se demander si le public urbain, souvent plus éduqué et ayant un meilleur accès aux réseaux téléphoniques et internet, a la même réception et la même perception des activités du CNA.

En plus des projections dans les zones rurales, le CNA a mis sur pied d’autres activités qui rompent avec la routine des projections rurales. Certains CNA ont créé des festivals : au Sénégal Casa ciné et au Cameroun, la Semaine du cinéma brésilien, en partenariat avec l’ambassade du Brésil. Une initiative qui permet aux cinéphiles de découvre ce cinéma. Notons d’ailleurs que lors du FESPACO 2017, le CNA a organisé une soirée consacrée au cinéma noir brésilien avec des projections de films de réalisateurs afro-brésiliens, et un débat sur les rapports entre les cinémas afrodiasporiques et les cinémas d'Afrique, en partenariat avec l’Association brésilienne des professionnels de l’audiovisuel noir et le Forum itinérant du cinéma noir. Si on y ajoute le Festival des identités culturelles, une autre initiative récente tenu en novembre 2018 à Ouagadougou et, avant cela, le colloque organisé en 2017 à l’occasion des Trophées francophones du cinéma à Yaoundé sur la diffusion des films en Afrique, il devient clair qu’en plus d’occuper un espace tout-à-fait unique, le CNA explore d’autres avenues pour promouvoir le cinéma africain. Il n’y a donc pas de doute, il s’est imposé comme un acteur majeur dans la diffusion de la culture cinématographique.
La survie en question
Toutefois, il faut le dire, la démarche du CNA est une promotion par délégation. C’est-à-dire que pour montrer les films africains, l’association doit montrer autre chose. Mais il faut également indiquer que dans ses démarches, le CNA s’est aussi pleinement engagé dans les protocoles de sensibilisation. Autrement dit, l’association aide ses sponsors et partenaires à assumer leurs missions qui sont sans cesse variables : on montre des films sur les problèmes de santé, sur l’environnement, l’éducation et sur des problèmes de société. Cela rappelle un peu, sans que cela soit exactement la même chose, les projections coloniales qui permettaient d’initier les colonisés à l’agriculture ou de les sensibiliser contre divers fléaux.
Si le CNA ne survit que par ce modèle budgétaire qui consiste à rester à l’affût des financements et de toutes sortes de projets, c’est parce que le cinéma se révèle un utile instrument de contact, mais aussi, peut-être de contrôle. Mais si l’association ne tient son existence qu’à cette mission civile, c’est parce que le continent est fertile en besoins de toutes sortes. Les nécessités quotidiennes, l’urgence d’une éducation civile en Afrique légitime l’existence du CNA qui a le mérite d’une connaissance, voire d’une maîtrise exceptionnelle du terrain. C’est, en soi, un véritable atout. Aller à la conquête des spectateurs à qui on montre des films d’éducation et, ensuite, des films africains, est en soi une véritable révolution dans la consommation culturelle en Afrique. Mais ce modèle est-il fiable sur le long terme?
Le modèle de fonctionnement actuel du CNA dépend exclusivement des partenaires comme Africalia, la Communauté européenne, l’Union économique et monétaire ouest africaine, l’UNICEF, et les nombreux partenaires multilatéraux dans divers pays. Autrement dit, comme le cinéma à ses débuts, la viabilité de cette association dépend exclusivement des subsides d’institutions qui ont des projets. Il faut craindre que cette structure ne tienne pas plus longtemps. Voilà pourquoi une certaine frilosité quitte rarement les divers responsables dont le dévouement et l’implication dans les activités n’est pas toujours uniforme. On peut aussi s’interroger sur leur formation en gestion de projets culturels. Nul doute que l’association apporte énormément chez des cinéphiles abandonnés par leurs dirigeants qui ne croient pas à la culture. Il serait peut-être utile de réfléchir à des stratégies plus durables de financement et, surtout, aux rudiments du management.

Biographie d'Alexie Tcheuyap
Directeur du Département d’études françaises à l’Université de Toronto au Canada, Alexie Tcheuyap est par ailleurs critique de cinéma. Il a enseigné au Cameroun et a été professeur invité en Afrique du Sud, aux États-Unis, en Allemagne et en France. Il est titulaire d'un doctorat de troisième cycle en littérature de l'Université de Yaoundé et d'un doctorat en études françaises de l'Université Queen's. Auteur de plusieurs essais, ses principaux domaines de recherche sont les études sur les médias, les littératures africaines francophones et les cinémas africains francophones.

NB : cet article a paru dans le mensuel culturel camerounais Mosaiques, édition spéciale consacrée au CNA et parue en février 2019 à l’occasion du FESPACO.



[1] Voir Pierre Haffner, « Stratégies du cinéma mobile. Une note pour une histoire parallèle du        
cinéma et de l’Afrique noire. » dans FEPACI, L’Afrique et le centenaire du Cinéma, Paris: Présence Africaine, 1995 :  82-91.


Kamerun, passé, présent, futur


#Quoi
Projet théatral germano-camerounais porté par Paradise garden productions. Texte de Juvénil Assomo qui fait deux incursions en audio et en vidéo dans la pièce et en devient un personnage. Mise en scène de l’Allemand Jens Vilela Neumann. Avec les comédiens Doris Meli, Jacobin Yarro, Landry Nguetsa, Massan à Biroko, Lyonga Evans Boris, Fondja Mekano Chia.
#La_pièce :
Fille d’immigrés camerounais en Allemagne, Betty Tchako vient au Cameroun pour monter une pièce portant sur les défis actuels du pays : la crise anglophone, le repli identitaire, la corruption, l’alternance au pouvoir, l’émancipation de la femme... Alors qu’elle essaie de faire tant bien que mal son travail, sa scène est envahie par cinq revenants qui veulent narrer une autre histoire : celle de la colonisation allemande, avec des acteurs clés : Jesco Von Puttkamer, Maria Mandessi Bell, Douala Manga Bell, Martin Paul Samba, le sultan Ibrahim Njoya...
Betty a beau lutter, le passé se mêle au présent et refuse de lâcher prise. Avec le futur, ils finissent par former un mélange homogène. Comment résoudre les problèmes du présent et envisager sereinement l’avenir si on ne regarde pas vers le passé ? Comment comprendre la crise anglophone actuelle si on ne remonte pas vers la colonisation ? Comment comprendre la parodie de démocratie si on ne se souvient pas de notre indépendance manquée ?
L’écrivain burkinabé Jacques Guegane disait sur le repli identitaire : «Quand la France a conquis nos territoires, c’étaient des royaumes ethniques. Ils ont réuni tout le monde et ils ont dit qu’ils ont créé un Etat. Pour le moment, nous ne sommes pas encore une Nation mais une compétition des ethnies pour prendre la tête de l’Etat. Il nous appartient de créer une Nation ».
La pièce, théâtre dans le théâtre, finit par prôner le dialogue plutôt que la lutte armée, et la diplomatie plutôt que la guerre pour sortir des crises qui paralysent le pays. Pour cela, il faut soigner les blessures du passé. Mais la réconciliation passe par la vérité et la justice. Von Put Kamer, représentant du colon dans sa globalité, demande solennellement pardon. S’ensuit une séance d’exorcisme pour purifier le présent.
#Ce_que_jai_aimé :
- L’habilité du dramaturge Juvenil Assomo à raconter une histoire coloniale imbriquée dans les défis du présent dans un texte puissant, et pourtant léger.
- La finesse de la mise en scène qui fait passer du passé au présent et vice-versa avec fluidité ; les variations savamment dosés du drame et de l’humour, de la gravité et de la légèreté.
- La performance du comédien Landry Nguetsa dans le rôle de Jesco Von Puttkamer. Avec charisme et justesse, il réussit à rendre ce personnage fort sympathique. Avec Doris Meli dans le rôle de Betty Tchako, il porte la pièce. Mais son costume rose bonbon n’était pas pour me plaire.
- Les comédiens soient issus de générations différentes ; la façon dont ils ont occupé l’espace jouant tantôt sur la scène, tantôt dans la salle avec aisance.
- Le suspens: par deux fois, j’ai cru qu’on arrivait au clap de fin et un instant après, la pièce repartait de plus belle.
- La séance de sport : quand Betty décide d’employer ces personnages du passé qui veulent à tout prix faire du théâtre et les mets au sport, fou rire assuré.
- La scénographie : dépouillée, avec juste deux grands panneaux de direction que les comédiens déplaçaient par moment, ce qui annonçait nouvelle orientation de la pièce. Elle se termine avec les deux panneaux regardant dans la même direction, le passé et le présent réconciliés et tournés vers le futur.
- L’intrusion du téléphone portable dans la pièce, autre personnage, comme outil de communication et comme lampe pour éclairer les comédiens dans la salle.
- La lumière : je ne sais pas trop quoi en dire mais elle a donné souvent de la chaleur à la scène. Elle changeait selon l’humeur de la séquence, pouvait se faire sang un instant et or l’instant d’après.
- La façon subtile d’impliquer le spectateur, de le prendre à témoin, d’en faire un personnage plus que consentant.

#Ce_que_je_nai_pas_aimé :
- Le lent démarrage de la pièce, qui m’a rappelé le véhicule à moteur Diesel de mon père qu’il fallait chauffer près de 30mn avant de pouvoir rouler avec. A l’entame, la scène était froide malgré les notes de saxo, les comédiens manquaient d’assurance et jouaient à différents niveaux sur des rythmes pas harmonisés. Heureusement, au fur et à mesure, ils ont gagné en confiance et se sont accordés, pour livrer une œuvre digne d’intérêt. Cependant, leur maîtrise du texte reste à parfaire.
- La scène où Von Puttkamer demande pardon pour les crimes commis par la colonisation. Malgré les larmes du comédien Landry Nguetsa, elle a sonné creux et vide, tellement pas crédible, presque indécent pour l’Histoire.
- La longueur de la pièce (2h). Même si on ne voit pas le temps passer tellement on est happé par l’histoire, il y a des redites inutiles, des longueurs qui cassent par moment le dynamisme de l’ensemble.
- La vidéo au théâtre : personnellement et de façon générale, j’ai du mal à intégrer cela. Le multimédia là est vraiment obligé dans le théâtre ? On ne s’en passe plus ! Je vais au théâtre pour voir des comédiens jouer en live. Si je veux regarder des vidéos, j’irai ailleurs.
#Représentations :  
Le 25 juin 2019 au Centre culturel camerounais, le 28 juin à 19h au Goethe Institut Kamerun et le 29 juin à 19h à l’espace OTHNI à Titi Garage. Entrées gratuites. Une tournée est prévue en 2020 en Allemagne et en France.

Cameroun: campagne contre l'extrémisme violent


En partenariat avec Malo Pictures, le Cinéma Numérique Ambulant a organisé, du 25 mai au 25 juillet 2019, une tournée de sensibilisation à l’extrémisme violent dans quatre régions du Cameroun : l’Extrême-Nord, le Nord, l’Adamaoua et l’Est. Des régions fortement affectées par les attaques terroristes et l’insécurité.
Cette campagne de sensibilisation a reposé sur des projections cinématographiques suivies des causeries éducatives organisées en plein air et dans des salles, à la fois dans les villages et les quartiers populaires en ville. Le film diffusé était tiré de la série « Adamu et Goni » (Les repentis) réalisée par Cyrille Masso et produit par Malo pictures.
Le but de cette tournée était de sensibiliser le public, et particulièrement les jeunes et les femmes des régions visitées, à la violence et à l’extrémisme, tout en les engageant à la paix. En clair, il était question de prévenir les jeunes de l’enrôlement dans des groupes armées ; d’apporter aux communautés un message novateur sur l’engagement pacifique ; de lutter contre la radicalisation et les abus idéologiques ; de favoriser la réintégration au sein des communautés des ex-terroristes repentis.
Grâce au cinéma, le CNA a créé des espaces de dialogue au sein des communautés pour les amener à réfléchir à ces questions. 51 séances projections-débats ont été organisées dans 51 localités, réparties comme suit :
Est : Bertoua I et II, Ndokayo, Garoua-Boulai I et II.
Adamaoua : Meiganga, Ngaoundéré, Dang, Karna Mamga, Mbé.
Nord : Poumpoumré, Djalingo, Soweto, Pitoa, Badjengo, Boula-Ibbi, Baila, Figuil, Guider, Kong-Kong.
Extrême-Nord : Moutourwa, Kourgui, Mora Sultanat, Warba, Mémé, Mora Massif, Mora Massaré, Tokombéré, Mokio, Makoulahé, Diméo, Bougaye, Kaogalak, Toukou, Kalfou, Doubané, Mazang, Lara, Doumrou, Kaélé centre, Moumour, Godola, Madaka, Bogo, Maroua Salack, Balaza Alcali, Dougoy, Missinglio, Kongola, Loulou, Djarengol.
Les résultats de cette activité sont satisfaisants. Les 51 séances de sensibilisation ont rassemblé au total 16 592 participants, pour une moyenne de 325 spectateurs par séance. Des fiches d’évaluation ont été soumises aux participants aux projections avant et après les séances, afin de recueillir leurs opinions sur Boko Haram et l’extrémisme. 1 187 personnes se sont prêtées à l’exercice dans 50 localités, pour une moyenne de 23 spectateurs par séance.