mardi 7 février 2012

Exposition : Nos héros méconnus


Le plasticien Em’Kal présente une rétrospective de ses œuvres réalisées en 2011 à l’Institut français de Yaoundé, jusqu’au 3 mars prochain. 

L'installation vidéo de l'exposition.

Connaissez-vous Ngoketunja, une petite localité perdue dans le Nord-Ouest du Cameroun ? Dans son exposition baptisée [Dis] placement, en cours à l’Institut français de Yaoundé depuis vendredi dernier, le plasticien Em’Kal Eyongakpa lui consacre six photographies en noir et blanc pour célébrer ses héros méconnus. La série a justement pour titre « Ngoketunja unsung heroes ». Em’Kal raconte le quotidien de cette localité où le vélo s’est imposé comme le moyen de déplacement. Ses clichés portent des paradoxes : un homme en costume assis sur un vélo ; un journal européen qui a échoué dans la poussière de ce village ; des personnages transparents qui lisent des journaux où le message dominant est « Save the world, destroy capitalism ».  

Dans cette série, Em’Kal questionne les informations reçues chaque jour et les met en parallèle avec les résultats de son observation pour, enfin, en ressortir les contrastes. D’un côté, les « grands » de ce monde se réunissent pour parler de la sauvegarde de l’environnement, sans aucun résultat notable. De l’autre côté, les populations de Ngoketunja, de manière inconsciente, contribuent à cette cause en roulant à vélo. Plus que les Ong et d’autres institutions qui prétendent travailler pour l’environnement, ces « héros méconnus », qui ne parlent pas mais agissent, méritent qu’on les acclame. Au même titre que toutes ces pratiques africaines, comme l’agriculture à la houe, qui participent de l’éco-culture. 

Le seconde série photographique de l’exposition est intitulée « Naked routes ». Em’Kal y revisite les sites oubliés de l’histoire. C’est le cas de Bimbia, le village qui, aujourd’hui encore,  conserve les vestiges de la traite négrière. A ces vestiges tristes et sauvages, Em’Kal a projeté sa fiction et sa nudité, même si cette nudité n’apparaît pas sur les photos restées pudiques. Dans ses œuvres photographiques, souvent surréalistes, Em’Kal joue avec le flou artistique. Il transforme ainsi certains personnages en simples silhouettes anonymes, tout en imposant la présence d’autres. Ici, tout est symbole à décrypter : de la houe posée sur un vélo à la chaîne brisée sur une pierre. Sa mise en scène fait la part belle à la fiction.  

[Dis] placement comprend aussi une installation qui réunit vidéo, musique et sculpture. Car, Em’Kal, né à Eyongakpa (Sud-Ouest du Cameroun) en 1981, est un artiste pluridisciplinaire. Il navigue aisément entre les arts plastiques et les arts électroniques. L’exposition n’est pas définitive, mais devrait évoluer au fil des jours.
Stéphanie Dongmo

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